AA/Abidjan/ Issiaka N'Guessan
L'ex-première dame ivoirienne Simone Gbagbo et ses 82 co-accusés se sont présentés vendredi devant la Cour d'assise à Abidjan, a rapporté un correspondant de Anadolu.
L’épouse de l’ancien président Laurent Gbagbo a donc comparu devant la justice ivoirienne, alors que la justice internationale réclame à La Haye pour la juger pour « crimes contre l'humanité ». Cette ouverture reste néanmoins symbolique, puisque l'audience de Mme Simone Gbagbo et 82 autres pro-Gbagbo vient d'être reportée au lundi 29 décembre prochain. Il était pourtant prévu que le procès commence en octobre.
Le Juge Dembélé Tahirou devra veiller à l’équité des justiciables devant la Cour des assises, alors que le représentant du parquet, Gnabo Odi Siméon aura, lui, la lourde tâche de défendre les intérêts des victimes et de l’Etat contre 82 cadres du front populaire ivoirien (Fpi, parti de Laurent Gbagbo, opposition) arrêtés depuis la crise postélectorale de 2010 qui a occasionné officiellement 3000 morts, selon l’ONU.
Parmi les co-accusés de Simone Gbagbo, il y a plusieurs personnalités du régime de Laurent Gbagbo, comme son ancien Premier ministre Gilbert Ake N'gbo et le président du FPI, Pascal Affi Nguessan. Si certains sont toujours emprisonnés depuis plus de trois ans environ, la moitié reste en liberté conditionnelle. Ils devront donc se présenter de leur proche gré devant les juges.Ce procès tranchera sur les crimes d' « atteinte à la sureté de l'Etat ». Plusieurs personnes accusées de d'autres chefs d'inculpation feront l'objet de procès ultérieurs. C'est notamment le cas de Simone Gbagbo, accusée également de « crimes de sang », de « crimes économiques » et de « génocide » par la justice ivoirienne.
Commentant le démarrage de ce procès, Doumbia Soumaïla, de la Plateforme de la société civile pour la démocratie et la paix (organisation non gouvernementale de défense des droits de l’Homme) a affirmé : «C’est une avancée dans le sens du respect des droits du prisonnier qui, après au moins trois ans, a besoin de connaître son sort. Nous encourageons les décideurs à procéder de la sorte». Pour M. Doumbia, « il faut que l’impunité soit combattue, qu’elle prenne fin et que tous ceux sur qui pèsent des soupçons de violation des droits de l’homme soient traduits devant la justice ».
Ce procès s’inscrit dans le cadre de l’année judiciaire 2014-2015 et concerne tous les prévenus pro-Gbagbo qui étaient depuis avril ou Mai 2011 éparpillés dans les prisons du Nord du pays (Katiola, Boundiali, Bouna, Korhogo, Séguéla) ou en résidence surveillée à Odiénné (857 km d’Abidjan, Nord-Ouest du pays) pour Simone Gbagbo. L’audience qui doit statuer sur la plainte en invalidation de la candidature de Gbagbo à la présidence du Fpi, déposée par Affi N’guessan, est aussi prévue pour ce vendredi 26 décembre à 15h (Gmt).
La crise politique ivoirienne de 2010-2011 a débuté après le second tour de l'élection présidentielle ivoirienne de 2010, le premier scrutin depuis 10 ans, dont le résultat a provoqué un différend électoral, à la suite de fraudes présumées.
Les deux candidats, Laurent Gbagbo, président sortant et reconnu par le Conseil constitutionnel, et Alassane Ouattara, reconnu par la Commission électorale indépendante et la communauté internationale, revendiquaient chacun la victoire. Laurent Gbagbo a été finalement arrêté le 11 avril 2011. Le dernier bastion pro-Gbagbo est tombé le 4 mai suivant, alors que le même jour, Alassane Ouattara a été proclamé chef de l'État par le Conseil constitutionnel.