AA/ Abidjan/ Fulbert Yao
A Meneri-Brevet, un village peuplé de 1000 habitants dans le sud de la Côte d’Ivoire, les musulmans pratiquent leur religion dans des conditions très précaires, priant dans l'unique mosquée de la place, vieille de plus de 40 ans, cependant, leur foi demeure intacte.
Depuis sa construction en 1975 sur une superficie ne dépassant pas les15 m2, seule la toiture de la mosquée de Méneri est périodiquement rénovée, notamment lorsque des fuites d'eau sont constatées, note Ismael, un jeune fidèle, précisant qu'en l'absence de subventions gouvernementales, ces travaux sont faits grâce à des collectes auprès de la communauté musulmane du village.
« Lorsque nous avons des travaux de restauration à faire au sein de la mosquée, nous nous organisons en groupe puis nous cherchons des contrats dans les plantations voisines, l’argent collecté est utilisé pour faire des rénovations, mais ceci reste insuffisant», explique Hamed Diakité, la trentaine, qui dit fréquenter la mosquée depuis sa tendre enfance.
Pour arriver dans la commune de Meneri-Brevet, il faudra parcourir184 km de route à partir d’Abidjan jusqu'à Divo (sud) et 35 autres km d'une piste poussièreuse.
Les musulmans qui vivent dans cette localité cosmopolite (chrétiens animistes et musulmans s'y côtoient), originaires pour la plupart du Nord de la Côte d’Ivoire ou des pays limitrophes travaillent soit dans les plantations de cacao et de palmier à huile soit dans le commerce.
Ils pratiquent leur religion dans la plus grande piété bien qu'ils se retrouvent appelés à prier chaque jour dans une mosquée délabrée et étroite.
En effet, ancienne de plus de 40 ans et légèrement rénovée durant toutes ces années, tel que révélé par des fidèles rencontrés par Anadolu, la mosquée de Meneri- brevet, l'unique de la place, ne se distingue guère des autres habitations du village.
Aux murs lézardés de l'extérieur viennent s'ajouter les nattes usées de la salle de prière pour ne rien arranger à la situation déjà difficile.
Imam de la mosquée depuis 20 ans, El Hadj Aboudrahame, fait visiter les lieux à Anadolu tout en énumérant les difficultés que rencontre sa communauté.
«Nous manquons de nattes pour la prière. Nous n’avons pas de tapis de prière. Nous avons des problèmes avec la toiture. Chaque fois qu’il pleut, la mosquée est inondée, nous avons des problèmes de haut parleur et d’appareils de sonorisation pour les prêches», souligne t-il.
Pour les prières de vendredi et celles du mois saint qui brassent un grand nombre de fidèles, seuls quelques privilégiés peuvent accèder à l’espace intérieur de la mosquée très exigüe, les autres étalent leurs nattes à même le sol à l'extérieur qu'il fasse chaud ou froid, ajoute encore El Hadj Aboudrahame.
Faute d’électricité, la nuit tombée, les fidèles utilisent des torches ou des lampes chinoises pour éclairer les lieux.
Cependant et en dépit des difficultés qu’ils rencontrent et des faibles moyens dont ils disposent, les musulmans de ce village restent attachés à leur religion et cultivent la spiritualité à travers des prêches quasi quotidiens. Une petite école coranique a, par ailleurs, été construite sur un des flancs de la mosquée afin d'enseigner l'Islam et ses règles aux enfants de la communauté.
Avec les autres communautés du village, composées de chrétiens et d'animistes, les Musulmans entretiennent des rapports fraternels, indique à Anadolu le Muezzin de la mosquée.
En Côte d'Ivoire, les musulmans représentent environ 38,6 % de la population de 22,8 millions d’habitants.
Tout en préservant jalousement leur foi face à l’avancée du christianisme dans cette partie du pays, les musulmans de Meneri-Brevet espèrent un jour prier dans une mosquée aussi moderne que celles des grandes villes.