Slim Jerbia
23 Juin 2017•Mise à jour: 24 Juin 2017
AA/Niamey/Boureima Balima
Au marché de Niamey, la capitale du Niger, un vent festif souffle sur les étalages. Poulets, pintades, et volailles en tout genre chantent leurs dernières heures.
Dans l’attente du démarrage de la scrutation du croissant lunaire, les Nigériens font leurs dernières emplettes pour la fête de Aïd-el-fitr, qui marque la fin de Ramadan, a constaté Anadolu à Niamey.
Une fête durant laquelle, la viande de volaille occupe une place des plus importantes dans les mets au Niger, pays où l'Islam est pratiqué par 99% d’une population composée de quelques 18 millions d’habitants.
Cependant, une petite particularité cette année : la mode est au bio !
« Je suis venue réserver du poulet bio pour la fête ! » s’exclame Bouli, une jeune femme d’une trentaine d’années rencontrée tôt le matin, au nouveau marché de Niamey.
«L’an dernier, j’ai attendu la dernière minute pour acheter ma volaille et je n’ai pas pu avoir ce que je voulais », commente-t-elle en choisissant « son invité ».
Les poulets bio élevés dans les maisons des campagnes sont de plus en plus appréciés par les populations nigériennes, confirment la majorité des acheteurs interrogés par Anadolu.
« Je trouve que ces volailles ont plus de goût et puis je me sens plus à l’aise de les consommer car j’en connais la provenance » explique Abdoul-Aziz Soumana, un fonctionnaire nigérien rencontré à l’étalage des pintades.
Pour Abdel-Kader Ali, si la viande des poulets bio est plus rassurante c’est « parce que les bêtes se nourrissent de produits locaux comme le mil et sont élevés naturellement dans les cours. Je préfère payer mon poulet vivant et aller l’égorger que de payer un poulet tué je ne sais comment ».
Sur les différents marchés, le poulet se vend entre 2000 et 3500 FCFA (entre 4 et 7 dollars) et la pintade entre 3000 et 4000 FCFA (entre 6 et 8 dollars).
Victime de son succès, le poulet bio, ne se trouve plus partout à la veille de l’Aid. « Vous auriez dû venir il y a plus d’une semaine, pour avoir les plus gros, moins cher », nous lance un vendeur.
Pourtant, il y a quelques années encore, ce sont les poulets importés d’Europe et d’Asie qui avaient le vent en poupe.
Les prix étaient abordables et la cuisson prenait peu de temps.
« En quelques heures, je pouvais me rendre dans un supermarché pour acheter du poulet et venir le préparer. Je gaspillais moins de temps et d’argent», se rappelle Halimatou Idrissa, ajoutant qu’un poulet importé ne coûte pas plus de 2000 FCFA (4 dollars).
Sur les chaînes de télévision, les publicités sur les poulets importés « halal » ont occupé autant d’espaces que dans les rayons des superettes, explique la jeune ménagère.
Cependant après la diffusion sur les réseaux sociaux de plusieurs vidéos sur les conditions d’abattage et conditionnement, de plus en plus de nigériens se détournent du poulet importé qui a même pris le nom de « Kay na tourey » (« La tête en Europe », en langue haoussa).
« Quand j’ai vu la manière dont étaient traitées les bêtes, je me suis dit que ça ne correspondait pas à mes valeurs. J’ai donc décidé de cesser de manger de la volaille non bio », a-t-elle indiqué.
« Une sage décision », commente le Dr Mamane Hima, Chargé de programme Santé et consultant en politique Pharmaceutique.
« Les poulets importés peuvent avoir plusieurs inconvénients. La rupture de la chaîne de froid peut entraîner le développement des micro-organismes, ce qui peut être préjudiciables à la santé humaine », dit-il.
« Le long transport peut également donner lieu à la perte de certaines valeurs nutritives. Enfin, la nourriture des poulets constituées généralement de déchets, peut aussi poser des problèmes sanitaires », a-t-il encore estimé.
Que ce soit pour des questions sanitaires, d’éthiques ou encore de religion, le « bio » prend de plus en plus de place, dans les assiettes.