AA/Bangui/Thierry Brésilion
Une assemblée générale a réuni, jeudi, les principaux responsables militaires du mouvement anti-balaka, dans une propriété privée de la localité de Bimbo, après le poste de contrôle sur la route de Mbaiki , dans la périphérie de Bangui
Elle a consacré la désignation d’un nouveau coordonateur national, Sebastien Wenezoui, pour remplacer Patrice-Edouard Ngaïsona. Cette démarche répondait à la demande des autorités de transition de structurer le mouvement afin de disposer d’interlocuteurs capables de contrôler une mouvance disparate, issue de comités villageois d’auto-défense.
La réunion s’est déroulée en présence des commandants de zone notamment de Bimbo, le très populaire parmi la population chrétienne Rambo, de Pissa, de Palongo, de Bossangoa, de Bassembélé, de Yaloke, de Paoua, de Berbarati, selon Rostan Beïna, nouveau rapporteur général de la coordination nationale.
Le capitaine Kame-Zoulaï, présenté comme le chef d’Etat-major national des Anti-Balakas, était également présent. Il a notamment condamné toute violence dirigée contre la population musulmane.
Coté officiel, le Ministère de la Réconciliation ainsi que des autorités locales ont envoyé des représentants. Le général Soriano, commandant l’opération militaire française en Centrafrique Sangaris, avait envoyé un de ses officiers », toujours selon Rostan Beïna.
« Notre objectif prioritaire est de nous réconcilier avec la communauté musulmane. C’est la première action que nous allons mener. Nous invitons les responsables de la Seleka et les représentants de la communauté musulmane de la Mosquée centrale à se réunir avec nous et à organiser une conférence de presse conjointe pour appeler à cesser les violences », a déclaré à Anadolu le nouveau coordinateur général Sébastien Wenezoui
« Nous avons identifié tous les sites des délinquants qui se réclament des anti-balakas et nous allons coopérer avec la force Sangaris et la MISCA pour les déloger », a-t-il ajouté.
Patrice-Edouard Ngaissona, qui se considère toujours comme le coordinateur national des anti-balaka, n’a pas souhaité répondre à nos demandes de réaction. Il est actuellement placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de poursuites pour détournement de fonds publics et pour son rôle dans les exactions attribuées aux anti-balakas. « Ngaissona n’a jamais sillonné le terrain, les hommes ne le reconnaissent pas », a assuré Rostan Beïna.
Patrice-Edouard Ngaissona, réputé proche de l’ancien président François Bozizé, contrôle une mouvance des anti-balakas sous l’étiquette CPLC (comité populaire pour la Libération des Centrafricains) et a son fief dans le quartier de Boy-Rabé, au nord de Bangui, où l’ethnie de François Bozizé, les Gbayan est fortement implantée.
« Nous avons invité des responsables de la zone de Boy Rabé, notamment Mancion Emotion, porte-parole du mouvement. Nous avons tenté à plusieurs reprises de les inclure dans le processus de structuration , mais finalement ils ne sont pas venus ce matin », a déploré Rostan Beïna.
Le ministre de la Jeunesse et des sports, Leopold Bara, censé représenter la mouvance anti-balaka au sein du gouvernement de transition, a pris l’initiative de venir et de prononcer un long discours, dans lequel il a notamment déploré la division du mouvement.
Le mouvement anti-balaka, composé majoritairement de chrétiens, s’est constitué courant 2013 en réaction aux exactions de la Seleka, la coalition de rébellions à dominante musulmane venues du Nord du pays qui a renversé François Bozizé en mars 2013 et placé Michel Djotodia au pouvoir.
Composé d’anciens militaires des Forces armées centrafricaines et de nombreux civils, le mouvement avait pris d’assaut la ville de Bangui le 5 décembre et suscité une très violente réaction de la Seleka.
Après le départ négocié de Djotodia vers Ndjamena, le 10 janvier, et le départ de la Seleka, les anti-balakas se sont illustrés par de nombreuses exactions, notamment contre la population musulmane, dans le but affiché de chasser les musulmans de l’ouest de la Centrafrique, provoquant ce qu’Amnesty International qualifie de « nettoyage ethnique » au regard du Droit international.