AA/Bangui/ Nacer Talal
Alors que le centre de Bangui s’embrase, la vie continue son cours habituel du côté de l’Oubangui (affluent majeur du Congo traversant la capitale centrafricaine). De jeunes hommes issues de communautés non-musulmanes à moitié nue pêchent aujourd’hui des cailloux pour les commercialiser auprès des constructeurs immobiliers. Ces produits leur rapportent plus que la pêche de poisson. Ils gagnent environ trois fois plus.
Adolphe Désiré ne ménage pas d’efforts pour remplir sa pirogue, devant lui rapporter près de 7000 FCFA (14,58 usd). Il peut cependant pêcher des cadavres enterrés là-bas au lieu des cailloux. Mais il « s’en soucie peu ». Il « doit gagner son pain », en ces temps difficiles que traverse la RCA.
« J’ai à maintes reprises pêchés des cadavres enterrés et par des anti-Balaka et par des Seleka. De telles scènes ne sont plus effrayantes. Les pêcheurs y sont habitués », lance Désiré en souriant.
Munis de sceaux pour les uns et de filets pour les autres, les gardiens de cette partie du fleuve relevant des ethnies Yakoma et Lagbachi spécialisées dans le commerce des produits du fleuve, pêchent du gravier et parfois du sable. « Ça sert pour la construction. Tout ce qui rapporte de l’argent mérite d’être pêché », lance un ami à Adolphe avant d’ajouter d’un ton ironique : « si le conflit centrafricain a ses impacts néfastes sur la vie des centrafricains, il profite largement aux poissons coincés au fond du fleuve. Les capitaines (variété de poisson abondante en RCA : ndlr) se nourrissent des cadavres ensevelis sous ces eaux. C’est pourquoi ils ne remontent plus à la surface et nos filets sont souvent vides ».
Prononçant ces derniers mots, l’ami de Désiré ne cesse de scruter deux silhouettes établis un peu plus loin de l’espace qu’il occupe. A près d’un kilomètre de lui, deux anti-Balaka armés de quelques kalachnikov et de grenade « fabriqués en chine » selon certains pêcheurs, surveillent les pirogues en provenance du Congo. Ils passent aux cribles tous les passagers et n’hésitent pas à ordonner à un vis-à-vis de rebrousser chemin au moindre doute. Tel était le cas de l’envoyé spécial d'Anadolu.