AA/ Abidjan/ Fulbert Yao
La Côte d'Ivoire a décidé de réagir pour mettre fin à une vague d'enlèvements mystérieuse touchant les enfants dans les quatre coins du pays, après la découverte récente de 5 petits cadavres mutilés.
Les autorités ivoiriennes ont annoncé que "1000 suspects ont été arrêtés, 550 cybercafés illégaux [ouverts sans autorisation] fermés, les auteurs des rumeurs par SMS identifiés et sanctionnés", selon une déclaration, lundi à la presse, du ministre délégué à la défense Paul Koffi Koffi.
Lors de cette vaste opération, ce sont 1500 policiers et militaires qui ont été déployés, depuis jeudi dernier, "dans les zones à risque", pour lutter contre cette vague meurtrière qui sévit depuis décembre, dans plusieurs villes ivoiriennes, dont la capitale Yamossoukro, Abidjan, Abengourou (Centre-Est) et Daloa (centre-ouest) et qui s'est soldé jusqu'içi par l'enlèvement de 25 enfants.
« Le gouvernement a mis en place un dispositif de 1 500 hommes composés de 1 000 policiers, 300 gendarmes et 200 militaires pour patrouiller dans les endroits criminogènes », a annoncé le ministre Hamed Bakayoko, lors d’une conférence de presse, la semaine écoulée.
Les 1500 hommes ont pour tâche, de surveiller les abords d'établissements scolaires, les forêts et les plans d'eau jugés être des lieux de prédilection des criminels, selon Bakayoko.
Les autorités ivoiriennes espèrent ainsi mettre fin à une vague de psychose qui a gagné les Ivoiriens. Dans les écoles et les maisons, c’est l’état d’alerte, depuis l'annonce alarmante faite en fin de semaine par le directeur général de la police nationale Brindou Mbia, qui appelle à la vigilance.
« J'ai trop peur que des gens kidnappent ma fille. Depuis qu'on parle d’enlèvement à la télévision, je suis perturbée. J'en ai parlé avec mon mari et la solution est que nous accompagnons notre fille à l’école », témoigne à Anadolu, Anne Blé, la vingtaine qui contrairement à son habitude, accompagne à l’école sa fille qu’elle tient fermement dans ses bras.
Dans les garderies, écoles maternelles et primaires, les cartes d’identification d’enfants sont désormais exigées de toute personne venant chercher un enfant au cas où les parents sont empêchés.
«Mes patrons m'ont demandé de ne pas parler aux inconnus et de bien surveiller leurs enfants », affirme Alice, une nounou, venue chercher à la pause de midi, un enfant dans une école, dans une déclaration à Anadolu.
Comme méthode pour lutter contre le rapt des enfants plusieurs stratégies ont été initiées par les parents.
«Nous écrivons le nom de l’enfant sous le sous-vêtement, ainsi que le contact des parents afin qu’au cas où il s’égarait, on puisse le retrouve », explique à Anadolu Amandine Blessy, une mère d’enfant croisée aux encablures d’une école.
Au centre de protection de la petite enfance située dans la commune de Port-Bouët (Sud d'Abidjan), la direction de l’école a distribué des prospectus aux élèves dans lesquels elle invite les parents à « surveiller » leurs enfants, « à venir les chercher à l’école et à communiquer leurs numéros ».
«A nos élèves nous leur disons de ne jamais accepter de l’argent, des bonbons ou des friandises d’un inconnu. Ils ne doivent pas suivre des personnes qui leur promettent de l’argent ou leur font la proposition de les ramener en voiture», explique, pour sa part, Assémien, instituteur dans une école privée située à Yopougon, un quartier populaire dans le Nord d'Abidjan où deux enfants ont été sauvés le 25 janvier des mains d’un ravisseur qui s’apprêtait à leur ôter la vie à coup de machette.
«C’est Dieu qui m’a demandé de le faire » avait déclaré le malfrat à la presse, peu après son arrestation.
Pour l'heure, aucune information n'a été confirmé quant aux mobiles de ces crimes, les autorités ivoiriennes avancent certaines thèses.
« Aujourd’hui plusieurs thèses sont avancées dont la principale pourrait être liée à la cybercriminalité, la filière des crimes rituelles, le besoin d’organes humains, l’enrichissement rapide, les réseaux criminels» selon le ministre délégué à la défense.
Dans la rue ivoirienne, de semblables thèses ont émaillé, évoquant, notamment, des mutilations à des fins de "sorcellerie". Les têtes tranchées et parties génitales enlevées renforcent, selon ses défenseurs, cette thèse, qui citent un précédent enregistré au Sénégal, il y a un an, qui a provoqué le désarroi des Dakarois.