AA/ Malabo/ Yazid Bamse
Elles sont officielles de la CAF, journalistes, photographes ou simplement bénévoles et partagent la même passion : le foot. Dans ce monde très viril, elles se battent pour s’affirmer au-delà des préjugés et autres clichés.
Ada semble dans la difficulté avec son gros sac et son objectif. Mais avec enthousiasme, elle réussit à parcourir la distance qui sépare l’entrée du stade de l’endroit où sont installés les photographes au bord du terrain de foot.
Parmi la dizaine de photographes présents pour le match Ghana-Guinée (1-0), dimanche dernier, dans le cadre de la Coupe d'Afrique des Nations disputée en Guinée Equatoriale, elle est la seule femme. Si elle détonne chez les spectateurs du haut des tribunes, elle n’étonne point chez ses collègues, habitués depuis le début de la compétition, à la voir se démener autant qu’eux pour immortaliser les belles actions sur la pelouse. Mballo, photographe, sénégalais, lâche en parlant d’Ada : «Celle-là, elle n’a rien à envier aux hommes, c’est une guerrière ».
Photographe freelance, Ada, s’épanouit dans ce métier qu’elle a choisi par passion et dans lequel elle a fini par s’habituer aux remarques plus ou moins machos. «Dès qu’on me voit, les gens pensent que je suis incapable de faire le même travail qu’eux, mais il suffit qu’ils me voient à l’œuvre pour être convaincus. Il faut un gros mental pour faire ce travail et être déterminée, car on est tout le temps obligé de prouver ».
« Prouver », c’est le mot qui n’arrête pas d’accompagner ces femmes qui travaillent autour du foot en général et dans cette CAN en particulier. Aby Diallo, journaliste à la Radio nationale sénégalaise a attendu plus de cinq ans avant d’arracher la possibilité d’aller couvrir un événement à l’étranger.
«Je suis toujours sur le terrain et couvre beaucoup de sujets, dont ceux dont personne ne veut. Je dois montrer que je peux faire mieux que les hommes».
Sa collègue équato-guinéenne Eugène Asuncion, journalise reporter d’images (JRI) de la chaîne d’informations panafricaine, Africa 24, explique ne « pas éprouver de difficultés particulières pour couvrir » sa première CAN, car bien encadrée par des collègues expérimentés.
De son côté, Nathalie Rabé, responsable presse à la Confédération Africaine de Football (CAF), a l’air constamment débordée. Mais ce n’est qu’une impression, car cette petite dame très active maîtrise son rôle dans la commission médias de la CAF où elle gère les journalistes, l’organisation des conférences de presse, la distribution des badges d’accès, etc.
Depuis qu’elle est entrée à la commission médias de la CAF en 2013, cette Malgache, ancienne ministre de la communication dans son pays, a fait tomber quelques barrières.
« Ce n’est toujours pas évident d’être une femme dans ce milieu du foot très masculin, et très macho, surtout en Afrique », évoque-t-elle. On nous voit comme des minettes, et il faut sans cesse démontrer nos compétences et notre professionnalisme avant d’être acceptées ».
Aujourd’hui, celle qui dirige une agence de communication à Antananarivo, assure qu’elle a trouvé sa place au sein de ce milieu qui l’a acceptée. «Les hommes se rendent comptent que nous avons certes une autre façon de voir les choses, nous sommes complémentaires en fin de compte».