Nadia Chahed
03 Janvier 2018•Mise à jour: 04 Janvier 2018
AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
L'archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo, a dénoncé les "atteintes à la liberté religieuse, l’accaparement des richesses et le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila par des méthodes anticonstitutionnelles".
S'exprimant, mardi soir, en conférence de presse à Kinshasa, le Cardinal Monsengwo a déclaré que : "L’accaparement des ressources, des richesses, le maintien au pouvoir par des méthodes anticonstitutionnelles, provoquent des dommages énormes aux sociétés, en l’occurrence la notre".
Il a également dénoncé "l’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer des intérêts occultes".
Ces déclarations sont faites en réaction à la répression, dimanche 31 décembre, des messes dans plusieurs églises à Kinshasa, à coups de gaz lacrymogène lancé par les forces de l'ordre sur les manifestations, officiellement interdites, des fidèles catholiques.
Monsengwo a, en outre, pointé du doigt l’incursion des militaires dans "les cures des paroisses sous prétexte de rechercher les semeurs de troubles, les tueries, les tirs à balles réelles et à bout portant sur des chrétiens tenant en mains bibles, chapelets et crucifix, les arrestations des prêtres et fidèles".
"Comment ferons-nous confiance à des dirigeants incapables de protéger la population, de garantir la paix, la justice, l’amour du peuple? à des dirigeants qui bafouent la liberté religieuse du peuple", s’est-il interrogé.
Notant que le climat du pays est caractérisé par un "regain de peur, d’incertitude et de panique", il a affirmé qu’il est temps "que la vérité l’emporte sur le mensonge systématique et que les médiocres dégagent".
Les fidèles catholiques manifestaient, dimanche, pour exiger l'application intégrale de l'accord conclu fin 2016 entre le pouvoir et l'opposition sous la médiation des évêques catholiques.
Cinq personnes ont été tuées dont 4 dans la capitale Kinshasa et une dans le centre du pays, selon la police. Les organisateurs de la marche évoquent de leur côté un bilan de douze morts dont onze à Kinshasa.
L'Accord de la Saint-Sylvestre 2016 prévoit, notamment, la libération des prisonniers politiques et la cessation des poursuites judiciaires "injustifiées" contre les acteurs de l'opposition.
Le Cardinal a souligné que cet accord a été violé "volontairement", rejoignant ainsi l’épiscopat qui a dénoncé, dans un communiqué, diffusé mardi, des "entorses subies" par ce compromis politique qui interdit au pouvoir de recourir à un référendum constitutionnel devant permettre à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat.