Esma Ben Said
03 Janvier 2018•Mise à jour: 03 Janvier 2018
AA / Bamako / Moussa Bolly
Le nouveau gouvernement malien formé le 30 décembre dernier par Soumeylou Boubèye Maïga est déjà vivement critiqué par l’opposition ainsi que par les coordinations des mouvements armés du nord du Mali, a constaté le correspondant d'Anadolu, d'après des communiqués.
«Ce septième gouvernement, comme les précédents, est, à l'évidence, incapable de répondre à l'ampleur et à la gravité de la crise malienne, qu'il s'agisse de l'impasse du processus de paix, de l'embrasement du Centre ou de la mauvaise gouvernance», a dénoncé le Parti pour la Renaissance nationale (Parena, opposition) dans un communiqué rendu public mardi.
En quatre ans, a déploré cette formation de l’opposition républicaine, «le Mali, pays en guerre et dont l'existence est menacée, a eu six ministres de l'Administration Territoriale, cinq ministres de la Défense et cinq ministres de la Justice».
«L'instabilité gouvernementale chronique est l'illustration d'un manque criard de vision du président Keïta et d'une profonde crise politique. L'échec du président saute à l'œil…», a indiqué le Parena dans son communiqué.
Pour les responsables de cette chapelle, «la solution à la dégradation continue de la situation ne réside pas dans le remaniement ministériel permanent, mais dans un changement à la présidence».
Presque le même discours est tenu par l’Union pour la République et la Démocratie (URD). Pour le parti du chef de file de l’opposition, Honorable Soumaïla Cissé, ce remaniement est loin de «répondre aux aspirations légitimes du peuple malien, dans la mesure où il a consisté à augmenter inopportunément le nombre des départements ministériels, par des chevauchements et des interférences inextricables entre eux».
Avec 30 membres de la précédente équipe, ce gouvernement «ne peut que reproduire malheureusement toutes les tares reprochées aux différents gouvernements qui se sont succédés ces quatre dernières années», souligne l’URD.
Ce qui, à son avis, découle de «l’incapacité» du président Ibrahim Boubacar Kéita de «tirer les leçons des échecs de ses gouvernements précédents».
Dans un communiqué commun, publié mardi, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme des mouvements armés du nord du Mali ont déclaré prendre acte de la formation de ce nouveau gouvernement.
Mais, ils ont déploré le fait de n’avoir pas été consultés par le nouveau Premier ministre comme le firent les précédents chefs de gouvernement afin de «constituer un gouvernement prenant en compte les aspirations profondes des populations du nord, Azawad, telles que évoquées dans l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d'Alger».
Toutefois, la CMA et la Plateforme ont réitéré leur «entière disponibilité à coopérer» sur toutes les questions liées à la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d'Alger.
Certaines composantes de la société civile n’ont pas ménagé leurs critiques à l’égard du président Kéita après ce remaniement.
«En 4 ans, Ibrahim Boubacar Kéita a nommé 5 ministres de la Défense. Comment voulez-vous que ça marche ainsi ? Comment voulez-vous des résultats probants contre les groupes terroristes alors que la coordination n’est jamais stable», s’est interrogé Issiaka Kouma, un activiste membre de la Plateforme anti-révision constitutionnelle «Antè Abana ! Ne touche pas à la Constitution».
Une inquiétude exprimée par beaucoup d'observateurs interrogés sur le sujet.