AA/Nord-Kivu/Charly Kasereka
Perché à 1.462 mètres d'altitude et couvrant une superficie totale de 2.700 km² pour une profondeur d'environ 485 mètres, il scintille entre le Rwanda et la République démocratique du Congo.
Autour de lui, vivent près d'un million de personnes, de chaque côté de ses rives. Il, c'est le Lac Kivu, l'un des plus grand réservoirs d'eau douce au monde, où la pluie coule à flot. Du côté congolais, la ville de Goma (Est), qui borde l'étendue d'eau, profite d'un paysage pittoresque. Mais derrière l'image d'abondance un paradoxe criant nous interpelle.
Près d’un million d'habitants de Goma désespèrent de voir l’eau couler à flot dans les robinets. Mais pour y remédier, des citoyens ingénieux ont décidé de s'improviser «revendeurs d’eau sur vélo» pour secourir les ménages les plus défavorisés.
Un vélo, quelques bidons en plastiques, une corde pour attacher le tout, saupoudré d’une bonne dose de motivation et le tour est joué. Ils sont près de 350 revendeurs d’eau sur vélo, qui, dès le lever du jour, se pressent sur le lac pour remplir leurs bidons usés.
Depuis l’éruption volcanique du 17 janvier 2002 l’eau ne coule plus des robinets de certains quartiers du Nord et de l'Ouest de la ville de Goma. Dès lors, jeunes et pères de familles au chômage ont décidé de créer des entreprises familiales de vendeurs ambulants pour pallier la pénurie.
Parmi les centaines de cyclistes vendeurs d’eau, il y en a une qui se distingue du lot. Elle s’appelle Louise Masika, la trentaine révolue et mère d’une famille de 6 enfants, elle est l'unique femme à exercer cette activité de porteuse d'eau dans la ville. Ses camarades de service l’appellent affectueusement « maman modèle ».
Tout en poussant son vélo sur lequel sont attachés 10 bidons de 2 litres chacun, elle raconte à Anadolu qu'elle a commencé cette activité informelle sans y avoir été vraiment préparée et sans croire en une quelconque rentabilité.
« Mon mari avait un vélo abandonné qui trainait à la maison. Lorsque nous avons connu une pénurie d’eau dans mon quartier, j’ai décidé d’attacher mes bidons pour aller puiser au lac l’eau qui me servira pour les travaux ménagers» se souvient-elle.
« Mais en revenant un jour du lac en transportant cinq bidons remplis, les personnes que j’ai croisé m’ont demandé de leur vendre le précieux liquide. C’était alors le début de l’aventure qui me permet, depuis trois ans, de subvenir aux besoins des miens ».
« Maintenant je n’ai plus de difficultés pour payer les frais scolaires de mes enfants et aider mon mari », dit-elle fièrement. Bien que cette activité lui apporte un certain confort financier, Louise Masika a aujourd’hui de l'ambition. Elle compte agrandir son entreprise familiale. Et « acheter une vespa pour transporter plus des bidons et servir plus de clients. »
Pour les vendeurs d'eau, il n'est pas difficile de trouver son compte dans cette activité. Un bidon d'eau est vendu entre 300 Franc et 500 Franc congolais (0,3 et 0,5 Dollars Américain), un prix qui, cependant, varie selon les périodes sèches ou de pluies.
La production journalière dépend de la force de travail, mais aussi de la clientèle, précisent les cyclistes, ajoutant qu'ils peuvent récolter entre 5 mille Franc Congolais (5,5 USD) et 10 mille Franc (11 Dollars) par jour.
Mais si ce marché lucratif arrange vendeurs et acheteurs, l’institution publique chargée du traitement et distribution d’eau potable à Goma alerte sur la qualité de l’eau provenant directement du lac et sur les risques liés aux maladies hydriques (diarrhée, choléra, typhoïde, hépatite…) car l’eau du lac n’est pas traitée, rappelle le directeur de la Regideso (Régie de distribution d’eau) du Nord-Kivu, Déo Kabiona Kizibisha, joint par Anadolu.
Face au mécontentement de la population de Goma qui a multiplié ces derniers mois les cris d'alarme à l'endroit des autorités politiques de la ville pour une solution urgente et sur du long terme, la Regideso, qui a reconnu n'avoir qu'une faible capacitié de production journalière (2 mille litres pour près de cinq cents mille habitants) promet de trouver des solutions.
Avoir accès à l'eau, enjeu économique mondial, pourrait devenir dans un futur proche, l'une des premières causes de tensions internationales, a récemment alerté l'ONU dans une récente étude qui insiste que "l'or bleu" sera peut-être, d'ici 50 ans, un bien plus précieux que le pétrole.
En République Démocratique du Congo, seuls 26% des habitants ont accès à l'eau potable.