AA/Abidjan/ Issiaka N’guessan
Grand producteur d'anacarde, la Côte d'ivoire doit faire face à un défi aux allures paradoxales: faire connaître ce fruit, à l'origine de la noix de cajou, dont elle est le premier producteur africain, à ses propres citoyens qui le méconnaissent.
"Nous devons booster la transformation locale jusqu'à hauteur de 15% de la production nationale. Aujourd’hui, ce taux oscille malheureusement entre 6 à 7%" relève, dans une déclaration à Anadolu, Alex N’guettia, Président-Directeur Général de la société ivoirienne de commerce (Sidcom), membre de l’association des exportateurs de cajou.
N’guettia insiste sur la méconnaissance de l’amande de cajou des Ivoiriens. Celle-ci fait partie d'autres dérivés de l'anacarde à destination pharmaceutique ou alimentaire.
"L’amande est méconnue par les Ivoiriens ce qui fait qu'il est difficile de parler de taux de consommation" regrette N'guetta qui s'exprimait en marge du salon international des équipements de transformation technologiques de l’anacarde (Sietta), qui clôt ses portes vendredi.
Pour lui, si l'anacarde n'est pas connu dans le pays où elle est produite le plus en Afrique, c'est dû, en partie, à un manque de "politique initiatrice en la matière".
"Les plantations ivoiriennes ont moins de quinze ans, nous ne serons confiants que si le travail d’information et de sensibilisation est porté au monde rural " assure ce jeune opérateur de cette filière agricole ivoirienne dont la production a atteint 550.000 tonnes, la saison dernière.
L'anacarde reste, en outre, associé à une catégorie de consommation de luxe, en ce que son prix sur le marché demeure inaccessible dans un pays où le revenu moyen par habitant n'excède pas 500 FCFA (un peu plus d'un dollar US).
"Une fois la noix transformée, elle est chère. Si vous prenez une simple bouteille de sirop, vous trouverez que son contenu d'amande coûte, au moins, 700F CFA (1.55 Dollar US)." poursuit N'guetta.
Pour toutes ces raisons, c'est vers l’Asie, principalement, qu'est dirigée la production ivoirienne, avec 67% en Inde et 18% au Vietnam. Le Brésil, pour sa part, en importe à hauteur de 5%. L'option de l'exportation demeure, dès lors que ce produit est fortement prisé à l'étranger, "d'une certaine commodité" pour les autorités puisque "l’installation d’une usine de transformation en Côte d’Ivoire revient au moins à 700 millions de FCFA (1 555 555 Dollars US)" selon N'guettia.
Toutefois, conscientes d'un certain manque à gagner, les autorités ivoiriennes ont engagé des mesures, dès 2013, pour favoriser une transformation locale en créant le Conseil de régulation, de suivi et de développement des filières coton et anacarde dit conseil du coton et de l’anacarde (CCA). L'intérêt de favoriser une production locale, la revalorisation du prix d'achat à l'étranger.
"Ce qu'on exporte n'est qu'un produit semi-fini. Pouvoir effectuer la transformation sur plac va nous permettre de réduire le stock exporté et même de vendre à des prix plus intéressants nos produits" analyse N'guettia.
De grands groupes comme le leader mondial, le singapourien Olam, ont ainsi ouvert des usines à Dimbokro (Centre-Est), Bouaké (Centre-Nord, 371 Km d’Abidjan), lequel envisage pour 2015, d'en ouvrir à Korhogo (Nord, Région du Poro, 611 Km d’Abidjan).
Produit dans dix-sept régions ivoiriennes, l’anacardier a transformé la vie des populations des régions Centre, Nord et Est du pays. Toutefois, les producteurs, non regroupés en coopératives, préférent vendre le produit brut. Le Conseil coton et anacarde a alors signé une convention cadre avec l’agence nationale d’appui au développement rural (Anader, société d’économie mixte à caractère publique avec conseil d’administration) pour l’encadrement de ces producteurs.
Avec l’Unité de formation et de recherches en biosciences de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody (Abidjan), une autre convention a été signée pour « le traitement du verger et des maladies de l’anacardier ».