Nadia Janane
09 Avril 2019•Mise à jour: 10 Avril 2019
AA / Khartoum
L’ambiance festive a fait son retour, mardi, au sit-in observé depuis quatre jours par des manifestants soudanais devant le centre de commandement de l’armée dans la capitale Khartoum.
Les forces de l’ordre ont tenté à l’aube de disperser les manifestants et de lever le sit-in à coups de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes.
Deux manifestants ont été tués, selon l’opposition soudanaise qui avait appelé les citoyens à rejoindre le sit-in et défendre ce rassemblement.
Les autorités soudanaises n’ont pas émis de commentaire officiel à ce sujet jusqu’à 7H00 GMT.
L’Association des professionnels soudanais qui coordonne les mouvements de contestations au Soudan a affirmé que le régime avait tenté de lever le sit-in « faisant recours aux armes ».
« Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants et lancé des [centaines] de bombes lacrymogènes au vu et su du monde entier », a dénoncé l’Association des professionnels soudanais dans un communiqué publié sur sa page Facebook.
L’Association a également appelé les Soudanais « dans toutes les villes et localités à investir les rues et à organiser des sit-ins devant les bâtiments de l’armée ».
Un calme précaire a régné sur le sit-in après la tentative de dispersion avortée, ont indiqué à Anadolu des témoins oculaires.
Les sit-inneurs réunis en groupes ont, ensuite, repris les chants accompagnés de sons de tambours et de youyous.
Le Comité central des médecins du Soudan relevant de l’Association des professionnels soudanais a, lui, signalé le décès de deux sit-inneurs, blessés par balles lors de la tentative de dispersion du rassemblement.
Plusieurs autres sit-inneurs et affiliés à l’armée (le nombre n’a pas été précisé) souffrent de blessures, sérieuses pour certains cas, a indiqué le Comité des médecins.
Il a, par ailleurs, invité les médecins et cadres médicaux à rejoindre le sit-in et à se rendre à l’hôpital Royal Care.
Des milliers de manifestants soudanais ont investi samedi les rues de la capitale Khartoum revendiquant le départ du président Omar el-Béchir.
Le Soudan connaît depuis le 19 décembre 2018 des contestations contre le pouvoir d’el-Béchir.
Ces mouvements ont fait 32 morts selon les autorités, 40 d’après Amnesty International et une cinquantaine d’après l’opposition soudanaise.
Le nombre de sit-inneurs a augmenté, lundi, après que des centaines de protestataires soudanais ont rejoint le rassemblement, selon des témoins oculaires.
Quelques heures auparavant, le ministre soudanais de la Défense Awad Mohammed bin Ouf, a assuré que l’armée était consciente des revendications des manifestants soulignant qu’il ne tolèrerait aucun basculement dans le chaos et aucune forme de cafouillage sécuritaire.
Il a ajouté, lors d’une réunion avec les officiers de l’armée, que certaines parties (sans en préciser l’identité) pourraient profiter des circonstances actuelles pour provoquer un schisme au sein des forces armées et de l’organe sécuritaire, a rapporté l’agence de presse soudanaise (Suna).
Le ministre soudanais de l'Intérieur, Bichara Jumaa, a, de son côté, annoncé lundi la mort de sept personnes lors des manifestations des deux derniers jours.
Il a aussi noté que 14 personnes ont été blessées et 2496 autres placées en garde à vue à Khartoum.
Le président soudanais Omar el-Béchir avait critiqué à la fin du mois de janvier les médias les accusant de vouloir dupliquer le printemps arabe en amplifiant les problèmes dont souffre le pays.
Le Soudan, qui compte 40 millions d’habitants, a du mal à se remettre de la perte des trois quarts de sa production de pétrole - sa principale source de devises - lorsque le Soudan du Sud s’en était séparé en 2011.