RDC : tensions entre le camp Kabila et Tshisekedi
- Le camp kabila "regrette" des propos "militants" tenus par Tshisekedi aux Etats-Unis
Lassaad Ben Ahmed
09 Avril 2019•Mise à jour: 10 Avril 2019
Congo, The Democratic Republic of theAA / Kinshasa/ Pascal Mulegwa
Le Front commun pour le Congo (FCC), coalition politique de l'ancien président de la République démocratique du Congo ( RDC), Joseph Kabila, a "regretté" les propos tenus à Washington par l'actuel président, Félix Tshisekedi, lors de sa première visite officielle aux Etats-Unis.
"Le FCC regrette cependant la teneur de certains propos militants tenus par le chef de l'Etat, à l'occasion de cette visite ; sollicitant l'appui d'une puissance étrangère", écrivent les regroupements politiques de cette coalition, dans un communiqué rendu public lundi soir et dont Anadolu dispose d'une copie.
"Je le dis sans peur. Je suis là pour déboulonner le système dictatorial qui était en place," a déclaré, jeudi dernier, Félix Tshisekedi au Conseil américain des relations extérieures, lors d’un atelier de réflexion sur la politique étrangère des Etats-Unis.
Le Président était en mission du 3 au 5 avril aux Etats-Unis, sans être reçu par son homologue Donald Trump.
Le camp Kabila a salué cette visite. Lors de cet atelier, Tshisekedi avait accusé le régime de son prédécesseur d’avoir "retardé le pays avec la corruption, la gabegie et l’impunité", devenues "endémiques au pays".
Pour le FCC, ces affirmations sont "surprenantes" et remettent "gravement en cause l'héritage démocratique ancré" en RDC depuis 2006.
Les 18 chefs des regroupements politiques du FCC rappellent, dans le communiqué, que c'est essentiellement grâce aux réserves de change que Tshisekedi a trouvé les moyens pour mettre en œuvre "son programme d'urgence de 100 jours ".
Les alliés de Joseph Kabila dénoncent, par ailleurs, des "attaques gratuites et des accusations infondées" dont ils feraient l'objet de la part des "personnalités qui sont pourtant, aujourd'hui, sans partenaires".
Ils reprochent aussi à Tshisekedi l'approche "tendancieuse visant à instrumentaliser les valeurs républicaines telles que la lutte contre la corruption".
Tshisekedi, ancien opposant, tente, selon eux, de "s'approprier le monopole de leur promotion et de leur préservation, alors qu’elles sont partagées par le FCC depuis la révolution du 17 mai 1997".
Le FCC et le Cap pour le Changement (CACH) de Félix Tshisekedi composeront la prochaine équipe gouvernementale.
Ces partenaires s'impatientent, cependant, de la nomination d'un premier ministre par le nouveau président, dont la victoire reste contestée par l'opposant Martin Fayulu.
Face à cette tensions entre les deux camps partenaires, le FCC appelle "solennellement et publiquement" son partenaire à une "attitude constructive et non conflictuelle" pour "hisser" la RDC à la "hauteur des attentes réelles de notre peuple", indique le communiqué.
Reprochant à Tshisekedi sa "gabegie financière sans aucun soubassement probant", le FCC a affirmé que la gestion économico-financière du pays depuis deux mois, "non seulement s'est faite en violation de la Constitution et au mépris des textes légaux, mais laisse aussi apparaître des tendances réellement préoccupantes".
Largement majoritaire à l'Assemblée nationale, au Sénat, et dans les assemblées provinciales, le FCC a demandé au successeur de son leader de "mettre tout en œuvre pour que toutes les institutions constitutionnelles nationales et provinciales soient installées et qu’elles deviennent opérationnelles dans l’harmonie".
Investi depuis le 24 janvier, Félix Tshisekedi, dirige le pays avec le gouvernement démissionnaire de Bruno Tshibala, réduit à gérer les affaires courantes jusqu'à la nomination d'une nouvelle équipe gouvernementale.