Esma Ben Said
14 Juillet 2016•Mise à jour: 14 Juillet 2016
AA/Kigali/ Mohammed Tawakal
«Les ministres ont estimé que les décisions de la Cour sont de caractère politique et ciblent les dirigeants africains», a confié ce jeudi à Anadolu, la ministre rwandaise Louise Mushikiwabo, à propos d'un projet de décision du Conseil des ministres africains en faveur d'un retrait collectif de la Cour Pénale internationale (CPI), des Etats membres de l'Union Africaine.
La décision finale du Conseil sera soumise au Sommet africain qui réunira les chefs d’Etat et de gouvernement du 17 au 18 juillet à Kigali, capitale du Rwanda, a-t-elle précisé.
Toutes les enquêtes officiellement ouvertes par la CPI n'ont concerné effectivement que des pays africains. Il s'agit de l’Ouganda, de la République démocratique du Congo, la République de Centrafrique, le Darfour (Soudan), la République du Kenya, la Libye et la Côte d’Ivoire.
Autant d'exemples qui alimentent, depuis quelques années, la polémique au sein de l'Union. Déjà, en 2009, le Président de la Commission africaine, le Gabonais Jean Ping, s'insurgeait, dans un réquisitoire devenu célèbre, contre la justice "à deux vitesses" de la CPI.
Mais c’est le 31 janvier dernier, au terme du 26e Sommet de l'Union africaine (UA), que le président kényan, Uhuru Kenyatta, avait déposé une proposition adoptée par les pays membres de l'Union africaine pour un retrait collectif des pays africains de la CPI.
Les circonstances qui ont présidé l'adoption de cette proposition sont révélatrices, selon les observateurs politiques, de deux manières. D’abord, en raison du «timing » de la proposition, qui a coïncidé avec l'ouverture du procès de l'ancien Président ivoirien, Laurent Gbagbo, incarcéré à La Haye depuis 2011 où il doit répondre, notamment, de "crimes contre l'humanité" pour sa gestion de la crise ivoirienne qui a fait plus de 3000 morts, selon l'ONU.
Mais aussi, toujours selon les experts, pour son «origine» puisque la proposition a été présentée par le président Kenyatta qui était lui-même le Premier président en exercice à comparaître, de son plein gré, devant la juridiction internationale, en octobre 2014, pour "crimes contre l'humanité".
Il sera finalement acquitté avant la fin de l'année pour insuffisance de preuves dans sa responsabilité présumée dans les violences post-électorales de la présidentielle de 2007.
Justifiée, dans la bouche du président actuel de l'UA, le Tchadien Idriss Déby, par le fait que la CPI "ne cible que des Africains", la proposition pourrait bien aboutir cette fois, à un retrait massif des pays africains, comme a pu le laisser entendre la ministre rwandaise des affaires étrangères.
Mushikiwabo a par ailleurs souhaité jeudi, la bienvenue à Kigali, au président soudanais Omar al-Bachir, lui-même sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI.
Le Conseil des ministres de l’Union Africaine (UA) pourrait prendre une décision en faveur d’un retrait collectif de la Cour pénale internationale (CPI) avait révélé, plus tôt jeudi à Anadolu, la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, soulignant l’existence d’un consensus au Conseil des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l'UA de prendre une telle décision.
Mise en place en 2002, la CPI compte 123 Etats-membres, dont 34 africains.