AA/Tunis/Esma Ben Said
La réputation des Casques bleus de l'ONU déployés en Afrique risque d'être écornée. Et pour cause: six affaires d'abus sexuels ont été répertoriées en onze ans, la dernière (présumée) en date étant celle d'une fillette en Centrafrique, révélée mardi par Amnesty International.
Après des assertions de l'ONG Amnesty International (AI), mardi, faisant état d'un cas de viol sur une fillette en Centrafrique et de deux meurtres perpétrés par des Casques bleus, le secrétaire général de l'ONU, a annoncé, mercredi, avoir accepté la démission du chef de la Minusca, le Sénégalais Babacar Gaye.
Une démission assimilée par des observateurs à un "limogeage" par le Secrétaire Général de l'ONU qui, la veille, n'avait pas caché sa "déception" et sa "consternation" à la suite des révélations d'Amnesty..
Cité par un communiqué des Nations-Unies, Ban Ki-moon avait souligné en effet souligné, mardi soir, "qu'aucune faute de cette nature ne peut être tolérée et que toute allégation sera prise très au sérieux et fera l'objet d'enquêtes approfondies et complètes".
L'ONU, qui prône une politique de "tolérance zéro" vis-à-vis de toute forme d'abus sexuels, promet ainsi de sévir, ordonnant l’ouverture immédiate d’une enquête.
Nonobstant, cette sévérité, près de 6 "grandes affaires", ont été enregistrées en 11 ans de missions de paix.
Amnesty International, a donc accusé des membres de la force de maintien de la paix des Nations Unies en République centrafricaine (Minusca) chargée du maintien de la paix en RCA après deux ans de violences intercommunautaires, d'avoir violé une fillette de 12 ans et d'avoir tué un adolescent et son père lors d'une opération à Bangui, les 2 et 3 août dernier. Le témoignage accablant de la fillette a valu aussitôt l'ouverture d'une enquête selon une source au sein de la Minusca jointe par Anadolu.
Ces accusations interviennent alors qu'une enquête similaire sur des soupçons de viol de mineurs par au moins 14 soldats français en RCA entre 2013 et 2014, initiée par la justice française, est actuellement en cours.
Ban Ki-moon avait par ailleurs décidé de lancer une enquête externe indépendante sur la façon dont l’organisation internationale a géré cette affaire d’agressions sexuelles présumées d’enfants en RCA par les soldats français, néanmoins non placés sous l'autorité de l'ONU.
La Minusca, qui compte près de 12.000 hommes d'une quarantaine de pays, a par ailleurs renvoyé, le mois dernier, 20 Casques bleus accusés d'usage excessif de la force contre quatre personnes (dont deux sont décédées).
2. Libéria, MINUL (2015)
Selon un rapport des services de contrôle interne de l’ONU (OIOS), daté de juin dernier, des Casques bleus ont échangé de l’argent ou des téléphones contre les faveurs sexuelles de centaines de femmes au Liberia (489 femmes âgées de 18 à 30 ans selon une enquête de l'ONU).
Une violation flagrante des règles des Nations Unies, qui «réprouvent fermement les relations sexuelles» entre les Casques bleus et les populations qu’ils protègent, dénonce le rapport.
Crée en 2003, la mission des Nations unies au Libéria (Minul) compte près de 5000 casques bleus.
3. Mali, Minsuma (2013)
Des soldats du contingent tchadien de la Mission des Nations Unies au Mali (Minusma), sont accusés d'avoir violé une femme dans la nuit du 19 au 20 septembre 2013. La Mission avait affirmé dans un communiqué, prendre "très au sérieux" les accusations de la victime à qui elle avait rapidement assuré une assistance médicale et permis d'être entendue en audition. La victime avait formellement reconnu quatre soldats parmi ses agresseurs (dont le nombre était inconnu), qui ont aussitôt été placés en garde à vue.
La Minusma a ensuite annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire sur les allégations d’abus sexuels concernant ces Casques bleus à Gao (Nord).
La force onusienne composée de 10 000 casques bleus a été crée en 2013 et intervient dans le cadre de la guerre au Mali démarrée en 2012.
4. Côte d’Ivoire, l’Onuci (2010)
Des accusations d'abus sexuels de Casques bleus ont été enregistrés à deux reprises en Côte d'Ivoire. En 2009, des Casques bleus marocains étaient reconnus coupables de viols, de pédophilie et autres abus sexuels avant d’être renvoyés dans leur pays.
En 2010, l'Onuci a reçu "des allégations d'exploitation et d'abus sexuels impliquant ses éléments militaires et de police basés à l'Ouest du pays", avait fait savoir la force onusienne, en se basant notamment sur le sondage d'une ONG britannique qui révélait que "8 jeunes Ivoiriennes (sur une dizaine) ont reconnu avoir eu des rapports sexuels en échange de nourriture avec des soldats béninois."
«Il revient aux pays dont sont originaires les Casques bleus de prendre les mesures appropriées à l'encontre des personnes impliquées», avait ajouté l'Onuci.
Mise en place en 2003, l'Onuci est constituée de près de 8 000 hommes représentant une cinquantaine de pays.
5. République démocratique du Congo, MONUC (2009)
La Mission de maintien de la paix des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC, mise en place en 2009 et transformée en Monusco en juillet 2010). Entre décembre 2004 et Août 2014, pas moins de 140 cas d'abus sexuels impliquant des casques bleus ont été recensés. En 2009, à la suite de plainte de victimes (10 cas d’abus sexuels de viols et de pédophilie). Quatre soldats marocains, ont été incarcérés. D'autres enquêtes sont
La Monusco compte un effectif de plus de 18 000 employés.
6. Burundi, ONUB (2004)
Sept mois après leur arrivée dans le pays, deux soldats (dont l'identité n'a pas été révélé) de la Mission des Nations unies au Burundi (ONUB) ont été suspendus en décembre 2004 à la suite à des allégations de «mauvaise conduite sexuelle». Quatre soldats éthiopiens ont été arrêtés pour les mêmes faits.
Depuis 2003, sous l'impulsion de Koffi Anan, l'ex-Secrétaire général, l’ONU a décidé d’être intransigeante envers ses soldats accusés d’abus sexuels. Mais comme elle ne dispose pas de juridiction interne, elle compte sur les Etats contributeurs pour engager des poursuites contre les auteurs présumés des crimes, les renvoyer ou les mettre en prison, selon plusieurs communiqués des Nations unies.
Même si la réputation des Casques bleus est entachée, Ban Ki-Moon a toutefois rappelé à plusieurs reprises, que le mauvais comportement de certains ne doit pas impacter l'énorme contribution du plus grand nombre des casques bleus déployés pour assurer la paix.
- Près de 110 000 Casques bleus sont d'ailleurs engagés dans dix-neuf opérations dans le monde, dont près de la moitié en Afrique.
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