AA/ Tunis/ Safwene Grira
Alors que les pays africains se rangent parmi les moins polluants au monde, ils ne tireront pas de profit considérable des conclusions de la Conférence climatique internationale COP 21, prévue en novembre et décembre prochains à Paris, selon Lucien Pambou, enseignant universitaire d'économie français dans un entretien avec Anadolu.
Ce constat est d'autant plus paradoxal que les conséquences du réchauffement climatique produisent leurs effets les plus néfastes dans les pays du Sud, notamment en Afrique, en raison de la fragilité de son système agricole et alimentaire, provoquant famine et sécheresses, ce qui fait des Africains les doubles perdants des dérèglements climatiques.
"Il y a certes deux dimensions dans ce problème. La première est liée à l’ordre climatique mais personne n’y peut rien, dans la mesure où le réchauffement de la calotte glacière et la montée des eaux concernent davantage le Tiers monde", explique Pambou.
En effet, "la fragilité de son système agricole et alimentaire, de son système de santé et de son système économique, rend le continent africain peu résilient aux éventuels chocs climatiques. Les sécheresses pourraient ainsi entraîner famines et crises sanitaires." peut-on lire sur le site internet de Responsabilité Sociale et Environnementale des Entreprises (RSE), une plateforme française spécialisée dans le développement durable.
Or si "les Africains ont été impliqués, comme toute la communauté internationale, dans les discussions autour du réchauffement climatique, ils ont brillé par leur absence de proposition, notamment dans les conférences préparatoires à la COP 21", constate l'enseignant à l'Université de Paris XIII, Lucien Pambou.
S'ils sont "plus sujets qu’acteurs de la nouvelle économie basée sur les énergies nouvelles qui se met en place", c'est parce que les pays africains peinent à conceptualiser une stratégie autonome et adaptée à leurs besoins. Ils renoncent à toute attitude active pour arborer le statut de simples demandeurs d'assistance à la communauté internationale qui les aidera à lutter contre le réchauffement climatique et installer un modèle de transition énergétique, selon le Géopoliticien français.
"Les Africains n’ont pas de réponse globale aux problèmes climatiques. Ils sont donc obligés d’accepter ce qu’on leur impose, une situation d’attente du Fonds vert [mécanisme financier de l'Organisation des Nations unies avec pour objectif la réalisation de transfert de fonds des pays les plus avancés à destination des pays les plus vulnérables, ndlr] qui vise à compenser les conséquences négatives du réchauffement climatiques", poursuit Pambou.
Pour Pambou ces "conséquences négatives" pour les Africains concerneront des solutions qui serviront, principalement, aux pays occidentaux détenteurs du savoir-faire technologique, mais inadaptées au système de développement africain.
Le fonds vert subventionnera, selon Pambou, des réalisations relatives aux énergies nouvelles (solaire, photovoltaïque, etc), en s'inscrivant dans une rupture par rapport à "l'industrie carbone", réputée polluante.
"Il va y avoir un prix qu’ils devront payer. Certes, ces plans qui seront décidés par la COP 21 passeront par des dons, mais ce seront également des partenariats publics-privés au profit d'entreprises allemandes ou américains", poursuit-il.
Or cela ne correspondra pas forcément aux "besoins immédiats" d'une grande partie du continent africain, lesquels besoins restent relatifs à l'accès à la nourriture, à l'électricité, et aux infrastructures. Pambou parle, à ce titre, d'un "décalage" entre les objectifs affichés et les attentes des pays africains.
"Les Occidentaux se sont aperçus que les conditions de développement traditionnel sont contraignants, en terme écologique. Or le changement de modèle vers les énergies renouvelables n'est pas forcément un pas que peut faire l'Afrique qui n'a pas évolué au même rythme et n'a pas encore assimilé les anciens instruments de production" poursuit ce membre du comité de rédaction de Géopolitique africaine.
Les Africains ne se sont pas encore appropriés les rudiments de la première révolution industrielle pour accéder à la seconde qui s'énonce en termes d'énergies nouvelles, selon Pambou. "Cela se conçoit, à titre d'exemple en termes de ressources humaines et technologiques adaptées à ces aspirations" dit-il.
Pambou nuance, toutefois, en rappelant que ces conclusions manqueront de moyens de pression concrets.
"La coercition est relativement difficilement imposable dans ce domaine parce que des considérations relatives à la souveraineté l’emportent l'emportent", explique-t-il.
La circonstance qu'il existe, en plus, de mauvais élèves avérés, tels les Chinois et Américains, donnera plus de marge de manoeuvre aux pays d'Afrique dans l'application de certaines conclusions de la COP 21.
Cet acronyme fait référence à "Conferences of the Parties" (Conférences des parties) un cadre d'action de lutte contre le réchauffement climatique au sein de la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques), établi en 1992, à l’occasion du sommet de la Terre de Rio de Janeiro. Les "parties" à la convention étant la plupart des Etats Membres de l'ONU qui se rassemblent une fois par an depuis 1995 lors des "COP", la 21ème conférence est celle qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre prochain.
A l'occasion de la COP 21, un accord "contraignant" sur le climat est prévu. Il aura pour objectifs de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour limiter à 2 degrés Celsius le réchauffement climatique mondial, conformément à la CCNUCC.
Selon le site du Ministère français du développement durable, le volet financier de la COP 21 "doit permettre de financer la transition vers des économies bas-carbone par la mise en œuvre de financements à hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020."