AA/ Tunis/ Desk
Avec le procès de l'ancien président tchadien Hissène Habré, s'ouvrant lundi à Dakar, ce sont au moins 10 présidents africains, en 30 ans, à avoir été traduits, ou invités à comparaître, devant des juridictions, pour répondre de la gestion de leurs pays respectifs.
1/ Hissène Habré
Celui qui a dirigé le Tchad d'une main de fer entre 1982 et 1990, avant d'être renversé par l'actuel président Idriss Deby Itno, a vécu, depuis sa chute, en exil au Sénégal.
Après 19 mois d'instruction, les Chambres africaines créées par les autorités sénégalaises en collaboration avec l'Union Africaine ont inculpé Habré en juillet 2013 pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et crimes de torture, et l’ont placé en détention provisoire.
2/ Moussa Dadis Camara
Autre ancien chef d'Etat à avoir vu son statut se transformer d'exilé à inculpé, l'ancien chef de la junte militaire en Guinée, Moussa Dadis Camara. C'est la justice de son pays, la Guinée qui a inculpé l'ancien putschiste, le 8 juillet à Ouagadougou, pays qui lui avait offert l'exil en 2010, peu après son retrait du pouvoir en janvier 2010.
L'ex-chef de la junte militaire en Guinée affrontera des accusations de "complicité de meurtres, de viols et de disparitions forcées" liés au massacre d'opposants guinéens en 2009, alors qu'il était au pouvoir.
Selon le rapport d’une commission d’enquête mise en place par les Nations-unies, le massacre a fait au moins 157 morts, une centaine de blessés, une dizaine de femmes violées et des centaines de personnes portées disparues. Un procès, par ailleurs, suivi de près par la Cour Pénale Internationale.
3/ Uhuru Kenyatta
Le chef de l'Etat kényan a été mis en examen, un moment, par la Cour pénale Internationale, pour crimes contre l'humanité commis lors des violences postélectorales au Kenya en 2007-2008.
Ces événements avaient fait 1300 morts environ, et ont acculé à l'exil 600 000 personnes.
Quand il se rend, en octobre 2014, pour une audience devant la juridiction internationale, il devient le premier chef d'État en exercice à comparaître devant la CPI.
En décembre 2014, la CPI annonce, toutefois, en raison d'insuffisance de preuves, l'abandon des charges contre Kenyatta.
4/ Laurent Gbagbo
Détenu par la CPI depuis novembre 2011, peu après la fin de la crise politico-électorale en Côte d'Ivoire (2010-2011), l'ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, sera jugé à partir du 10 novembre prochain à la Haye. Il répondra à quatre chefs d'accusation de crimes contre l'humanité, dans ce conflit qui a fait 3000 morts selon l'ONU.
5/ Bokassa 1er
Chassé du pouvoir par le coup d'Etat de 1979, l'Empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa s'est volontairement remis aux autorités de son pays, en 1986, après des exils ivoirien et français. Il sera jugé pour "trahison", "meurtre" et "détournement de fonds".
Condamné à mort, sa peine est d'abord commuée en prison à vie, puis en 10 ans de réclusion, avant qu'il ne soit amnistié par le président centrafricain André Kolingba en 1993.
6/ Hosni Moubarak
En 2015, l'ancien chef d'Etat égyptien est condamné à 3 ans de prison pour le détournement de plus de 10 millions de dollars. Cette peine avait, toutefois, été purgée au titre de sa détention provisoire depuis la révolte populaire qui a provqué sa chute en janvier 2011. Son procès dans l'affaire dite "des palais présidentiels" demeure, toutefois, toujours en cours et il y comparaît en état de liberté.
7/ Mohamed Morsi
Celui qui fut renversé par un coup d'Etat militaire le 3 juillet 2013 a été condamné, le 16 mai dernier, à la peine capitale pour "des évasions de prison" et "des actes de violences" durant la révolte de 2011, une accusation parmi d'autres instruites à son encontre. Plusieurs organisations des droits de l'homme estiment, toutefois, "politique" le procès du premier président égyptien civil démocratiquement élu.
8/ Zine El Abidine Ben Ali
Chassé du pouvoir par une révolte populaire le 14 janvier 2011, l'ancien président tunisien a vu lancer à son encontre, quelques jours plus tard, un mandat d'arrêt international. En exil en Arabie Saoudite, il sera mis en cause dans des dizaines d'affaires, allant de l'homicide volontaire, au complot contre la sûreté de l'Etat, en passant par l'abus de pouvoir ou le détournement de fonds. Parmi les peines effectivement prononcées à son encontre, figure des condamnations à perpétuité prononcées, par contumace, par des tribunaux militaires en 2012 et 2013.
9/ Omar al Bashir
L'actuel président soudanais est confronté à des accusations de "crimes de génocide", "crimes contre l’humanité" et "crimes de guerre au Darfour", province orientale du Soudan. Des mandats internationaux à son encontre ont été émis, par la CPI, en 2009 et en 2010, mais le refus opposé par la Ligue arabe et l'Union africaine à son arrestation fait obstacle à son jugement.
10/ Marc Ravalomanana
L’ancien président malgache a été condamné, en août 2010, aux travaux forcés à perpétuité par contumace pour la mort d’une trentaine de manifestants dans la crise politique qu'a connue Madagascar en 2009.
De retour d'un exil de 5 ans en Afrique du Sud, Marc Ravalomanana est arrêté en octobre 2014 et mis en résidence surveillée. Le processus de réconciliation fera obstacle toutefois à la purgation de cette lourde peine à l'encontre de Ravalomanana, qui retourne progressivement aux affaires.
- Bien qu'aucune procédure judiciaire n'a encore été enclenchée à son encontre, l'ex-président burkinabé Blaise Compaoré est en passe de voir son exil perturber. Le 16 juillet, le Conseil de la transition, instance politique, lui a reproché "des faits de haute trahison et d'attentat à la Constitution".
La Haute Cour de justice qui aura à se prononcer sur les faits qui lui sont reprochés pourrait demander l'extradition de l'ancien chef d'Etat qu'une révolte populaire ayant fait une trentaine de morts a chassé du pouvoir en raison d'une modification de la Constitution qui aurait pu lui ouvrir la voie à un nouveau quinquennat.