Mohamed Hedi Abidellaoui
01 Juin 2017•Mise à jour: 02 Juin 2017
AA/ Kinshasa/ Pascal Mulegwa
A son entrée, elle a l’allure d’une geôle infranchissable, pourtant ce mercredi 17 Mai, ses portes ont été défoncées par une poignée d’adeptes d’un gourou traqué par la justice pour offense au président Joseph Kabila resté au pouvoir au-delà de son dernier mandat expiré le 19 décembre dernier.
Très surpeuplée et insalubre mêmes dans ses cellules huppées louées par les occupants ; la prison de Makala abrite des prisonniers emblématiques et dangereux, auteurs de crimes « crapuleux ». Mercredi dernier, pas moins de 4 000 prisonniers s’y sont tirés sous les tirs nourris de leurs libérateurs et des forces de l’ordre, qui ont fait plusieurs dizaines de morts.
Organisée en Onze pavillons distincts, Makala est une ville dans la ville, tout comme le reste des maisons carcérales de la RDC.
« Elle est dirigée par les prisonniers eux-mêmes parmi lesquels certains se sont fait élus gouverneurs, commandants et conseillers à l’issu d’un scrutin interne toléré par l’administration », confie à Anadolu, Adrien Mugalu un ex-prisonnier libéré en 2014, grâce à une amnistie signée par le président Joseph Kabila.
« L’histoire se répète de façon trop têtue », regrette-t-il. Mercredi 17 Mai, les Congolais ont célèbré vingt années passées jour pour jour, depuis la mise en déroute du régime dictatorial de Mobutu par les troupes rebelles venues de l’Est du pays avec l’appui des forces spéciales des pays voisins dont le Rwanda et l’Ouganda.
Les festivités officielles prévues n’ont pas eu lieu, mais un événement restera gravé dans le rétroviseur de l’histoire congolaise. En 1997, lorsque le rebelle Mzee Laurent Désiré Kabila prit le pouvoir, ses troupes dont plusieurs enfants mineurs, avaient ouvert les portes de la prison de Makala afin de célébrer leur victoire sur Mobutu qu’ils ont vaincu sans coups de feu à Kinshasa.
Parmi les évadés de ce jour à Makala, figurait Zacharie Badiengila dit Ne Mwanda Nsemi. Figure de proue, l’homme tiré de sa cellule par ses adeptes n’a jamais caché depuis quelques années sa méfiance envers le président Kabila dont il contestait ouvertement et médiatiquement la légitimé et la nationalité congolaise sur la base d'une vieille rumeur populaire, selon laquelle Kabila serait de nationalité rwandaise.
Arrêté par la police après une longue opération spéciale, le député national avait vite été conduit par le parquet général dans la prison de Makala où il était assigné à résidence.Le lendemain de l’évasion, le ministre de la Justice et le procureur général de la République vont visiter la prison avec une poignée de journalistes sélectionnés, dont le correspondant d’Anadolu. La geôle la plus réputée du pays n’est plus ce que pensaient les officiels en visite.
A l’extérieur figurait en gros plan, une trentaine de véhicules calcinés. De l’intérieur sortait encore une épaisse fumée blanche, preuve de l’inexistence d’un service Anti-incendie dans la maison carcérale qui abritait, entre autres, opposants et anciens collaborateurs de Kabila. Au cours de leur évasion massive, les prisonniers ont d’abord mis à sac le bureau de l’administration de la prison et incendié le reste sans pour autant parvenir à faire disparaitre leurs dossiers.
Dans les indiscrétions, Flory Kabange Numbi, procureur général de la République, reçoit des mains de l’administration pénitentiaire un rapport sur les évasions. Le rapport très confidentiel évoque des « milliers d’évadés ».
Ne décolérant pas, le ministre de la Justice, Alexis Ntambwe Mwamba, ne croit pas ses yeux : Tous les prisonniers emblématiques dont Eddy Kapend principal condamné dans le procès d’assassinat de l’ancien chef de l’Etat et père de Joseph Kabila étaient là sauf le politique et spirituel Ne Mwanda Nsemi dont la destination et la localisation restent mystérieuses pour Kinshasa.
« Ceux qui sont en cavale sont trop dangereux mais nous n’allons pas tarder à mettre la main sur eux », déclare-t-il à Anadolu, rassurant que l’Etat est même prêt à offrir des primes à ceux qui les aidera à capturer les évadés.
« C’est une leçon pour nous afin de prendre des mesures drastiques », dit le ministre congolais de la Justice qui sera plus tard auditionné au parlement. Hérité des colons belges, l’enfer de Kinshasa construit pour abriter 1 500 condamnés, abritait avant l’évasion plus de 8 000 personnes logées dans des conditions inhumaines.