Lassaad Ben Ahmed
17 Mars 2021•Mise à jour: 18 Mars 2021
AA - Kinshasa - Pascal Mulegwa
La justice militaire congolaise a condamné, mardi, un chef traditionnel et milicien qui avait participé à l’insurrection populaire au Kasaï dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC) contre le pouvoir de Kinshasa ( sous l’ancien président Joseph Kabila), à perpétuité pour plusieurs crimes.
Laurent Nsumbu Katende a été, en effet, reconnu coupable de crimes de guerre, de meurtres, tortures, mutilations, viols, incendies et pillages lors d’attaques sur des villages du territoire de Kazumba entre le 20 et le 27 février 2017, durant le conflit armé dit « Kamwina Nsapu », du nom d’une famille royale qui a aussi donné son nom à une rébellion qui avait secoué la région du Kasaï entre 2016 et 2017.
44 ans, teint clair, marié et père de dix enfants, le chef milicien a rejeté en bloc les accusations, dénonçant un « complot ».
Le procès pour crimes de guerre du chef coutumier Nsumbu, ancien chef milicien, s’est ouvert le 10 mars au village de Nkongolo Moshi, au Kasaï Central (Centre) devant le tribunal militaire de Kananga.
C’est le premier procès pour crimes internationaux dans cette province de la République démocratique du Congo.
Nsumbu est en prison depuis janvier 2018.
Plus de 230 personnes se sont constituées parties civiles, mais seule une cinquantaine a témoigné lors des audiences.
L’État congolais a été reconnu comme responsable des mêmes crimes commis.
Les juges ont considéré que l'Etat n'avait pas fait tout son possible pour protéger la population civile.
« Ce procès est une avancée dans la lutte contre l’impunité de crimes commis dans la région du Kasaï », a déclaré dans un communiqué, le bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNDUH).
Ce bureau onusien a invité les autorités à « accélérer le traitement des dossiers de la crise qui a endeuillé le Kasaï de 2016 à 2017 et traduire devant les juridictions toutes les personnes impliquées dans les crimes graves quel que soit leur rang ».
« C’est un grand jour pour la justice au Kasaï-central », s'est réjoui Guy Mushiata, Coordinateur national en RDC pour "TRIAL International" qui a facilité la tenue des audiences foraines et appuyées les parties civiles.
« La condamnation de Nsumbu Katende donne tort à ceux qui pensaient que l’impunité était une fatalité dans la région. Elle prouve aux victimes qu’elles peuvent être entendues et obtenir justice», a-t-il indiqué.
« Pour la première affaire portée par [TRIAL International] et ses partenaires au Kasaï, nous sommes extrêmement satisfaits », a indiqué Daniele Perissi, responsable du programme Grands Lacs à "TRIAL International".
« Aujourd’hui les magistrats du tribunal militaire de Kananga se sont montrés à la hauteur de la complexité de cette affaire, ce qui nous fait espérer que d’autres victoires contre l’impunité pourraient bientôt suivre», a ajouté le même responsable.
La région du Kasaï est tristement célèbre pour le violent conflit qui avait opposé l’insurrection armée de Kamwina Nsapu et le gouvernement de Kinshasa. La population civile, était prise en étau entre les innombrables factions armées.
En mars 2017, cette région a fait les Unes du monde entier, quand deux experts des Nations Unies, l’Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalan, ainsi que les quatre Congolais qui les accompagnaient, avaient été enlevés et tués.
Les deux experts enquêtaient sur les violences qui avaient fait plus de 5000 morts, d’après l’Eglise catholique, un peu plus de 300 d’après les Nations Unies.