Esma Ben Said
14 Avril 2018•Mise à jour: 14 Avril 2018
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
L’épiscopat congolais a soulevé vendredi la problématique de la double nationalité au cœur d’une forte polémique en République démocratique du Congo (RDC) où elle pourrait déboucher à des "règlements des comptes" à huit mois du triple scrutin dont le présidentiel le 23 décembre de cette année.
La conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) "redoute la montée des tensions identitaires et l’instrumentalisation de la justice pour des règlements des comptes politiques", a déclaré lors d’un point de presse à Kinshasa, le secrétaire général de l’épiscopat l’abbé Donatien N’shole lisant une position commune des évêques catholiques de la RDC.
La double nationalité interdite par la constitution congolaise qui consacre l’exclusivité de celle-ci est au cœur d’une polémique au Congo –Kinshasa depuis que les autorités congolaises ont affirmé que l’opposant Moise katumbi, candidat favori à la présidentielle a détenu la nationalité italienne pendant une dizaine d’années.
Le parquet général congolais, a ouvert fin mars une "information judiciaire" contre l’opposant, -ex-proche influent du président Joseph Kabila et gouverneur de la riche province du Katanga (Sud-est) jusqu’en 2015 avant de passer à l’opposition-, pour "faux et usage de faux" et "usurpation de nationalité".
"Comment voulez-vous qu’un individu se sachant de nationalité italienne puisse se présenter devant nos bureaux pour avoir le passeport, la carte d’électeur ? Tout ce temps qu’il a passé à la tête de la province, il se prévalait des actes faux, de faux documents", s’était emporté le chef des parquets congolais Flory Kabange lors d’un point de presse.
Katumbi et ses proches crient à l’acharnement. Son porte-parole Olivier Kamitatu a récemment déclaré que cette problématique est une "boite de pandore" dans un pays déchiré par plus de 20 ans de conflit armé et de violences interethniques.
Les évêques ont aussi exigé la certification de la "machine à voter" proposée par la commission électorale pour les scrutins à venir, mais rejetée par les puissances occidentales, l’opposition et la société civile qui redoutent une fraude massive en faveur du camp au pouvoir.
Très influent dans un pays majoritairement chrétien, les prélats déjà en bras fer avec le président Kabila depuis fin 2017, ont déploré la montée de tension diplomatique entre Kinshasa, les puissances occidentales.
Cette surchauffe a amené à des prises des décisions qui "pénalisent davantage le peuple congolais" ; ont-il indiqué demandant que la souffrance du peuple "soit mis au dessus" des revendications politiques.