AA / Niamey / Kané Illa
Le tribunal de grande instance hors classe de Niamey a condamné, mardi, trois responsables de la société civile anti-loi de finances 2018 à une peine de 3 mois de prison avec sursis, a appris Anadolu de source judiciaire.
Donnant lecture du verdict, le juge de l’audience a déclaré que le tribunal reconnaît coupables les prévenus Nouhou Arzika, Ali Idrissa, Moussa Tchangari et autres, des faits qui leur sont reprochés et «les condamne à la peine de trois mois de prison avec sursis».
Le juge a, en revanche, déclaré que le tribunal a rejeté la demande de réparation formulée par la ville de Niamey pour les dégâts causés lors de la manifestation interdite du 25 mars dernier contre la loi de finances.
Ayant déjà passé quatre mois derrière les barreaux, Nouhou Arzika, Ali Idrissa et Moussa Tchangari recouvrent ainsi leur liberté.
Le verdict a été prononcé en présence de plusieurs acteurs de la société civile nigérienne, ainsi que des représentants des organisations internationales de défense des droits de l’homme.
«Nous nous réjouissons du verdict parce que non seulement nos camarades vont sortir de prison, mais parce qu’aussi la justice a requalifié les faits pour lesquels ils étaient poursuivis», a réagi l’activiste Issa Garba, membre du «Mouvement patriotique pour une citoyenneté responsable (MPCR)» de Nouhou Arzika, dans une déclaration à Anadolu.
Au lieu de participation à une manifestation interdite, a-t-il expliqué, la justice les a plutôt condamnés pour incitation à un attroupement non armé.
«Nous attendons juste que les avocats retirent les autorisations de sortie de nos camarades pour aller les chercher dans les différentes prisons», a déclaré à Anadolu l’activiste Boubacar Illiassou, militant du «Comité de réflexion indépendant pour la sauvegarde des acquis démocratiques (CROISADE)» d’Ali Idrissa.
Contacté par Anadolu, le représentant de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) Alioune Tine s’est aussi réjoui du verdict.
«Nous saluons cette décision de la justice qui prouve, encore une fois, que rien n’est perdu en Afrique. Notre vœu en venant au Niger c’était de voir les activistes libres», a-t-il déclaré.
Une vingtaine d’autres activistes vont tout de même rester en prison pour, au moins, deux mois.
Reconnus coupables de «participation à un attroupement non armé », ils ont écopé de la peine d’un an de prison ferme, dont six mois fermes et six mois avec sursis.
L’avocat et activiste Lirwana Abdourahamane ne pourra pas, non plus, sortir de prison, malgré sa condamnation à la peine de 3 mois avec sursis.
Poursuivi dans une autre affaire d’outrage à magistrat dans l’exercice de ses fonctions, il a été condamné lundi à deux ans de prison, dont un an ferme et un avec sursis.
Nouhou Arzika, Ali Idrissa, Moussa Tchangari et les autres activistes ont été arrêtés le 25 mars dernier, en marge d’une manifestation interdite contre la loi de finances.
Ce jour-là, un collectif d’organisations de la société civile, mené par le «MPCR», le «Croisade» et l’association «AEC», avait appelé la population de Niamey à sortir manifester contre certaines mesures «antisociales» de la loi de finances.
La manifestation avait été interdite par les responsables de la ville de Niamey pour des raisons de «risques de trouble à l’ordre public».
Jugeant cette décision «illégale», la société civile avait maintenu sa manifestation.
Des échauffourées ont alors éclaté entre les forces de l’ordre et les premiers manifestants qui se sont rendus sur les lieux du rassemblement.
Les responsables des principales organisations de la société civile et quelques manifestants ont alors été arrêtés et accusés de «participation à une manifestation interdite» et de «complicité de dégradation des biens publics et privés».
A travers des déclarations et des lettres ouvertes adressées aux autorités nigériennes, plusieurs organisations internationales de défense des droits de l’homme, dont Amnesty International et la Fédération internationale des droits de l’homme, ont appelé à la libération des activistes.
Depuis le mois d’octobre 2017, une partie de la société civile nigérienne conteste la loi de finances 2018, lui reprochant de contenir des «mesures antisociales», dont celles portant augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les prix de certains produits de grande consommation.