Nadia Chahed
20 Mai 2017•Mise à jour: 21 Mai 2017
AA/Niamey/Illa Kané
Les autorités nigériennes ont, encore une fois, interdit une marche prévue samedi par la société civile pour dénoncer
Cette interdiction a été annoncée dans un arrêté publié vendredi soir par la mairie de Niamey.
«En application de l’article 5 de la loi n°02004-45 du 08 juin 2004 régissant les manifestations sur la voie publique, la marche que projette d’organiser le collectif des Organisations de la Société civile nigérienne, le samedi 20 Mai 2017, est interdite pour des raisons de troubles graves à l’ordre public», indique l'arrêté en question et dont Anadolu a reçu copie.
Les forces de l'ordre occupaient samedi les lieux de rassemblement habituel de Niamey, a rapporte le correspondant d'Anadolu.
C'est la deuxième fois depuis le début du mois de mai que la société civile se voit interdite de manifester. Le 10 mai dernier, les mêmes organisations de la société civile ont été interdites d’organiser une marche par la mairie de Niamey qui avait, également, évoqué des "risques de troubles graves à l’ordre public".
Réagissant à cette nouvelle interdiction, Elhadji Idi Abdou, activiste de la société civile a noté dans une déclaration à Anadolu que «l’argument du Maire n’est pas suffisant pour motiver l’interdiction d’une manifestation dans un système démocratique. Ces genres de décisions constitue une atteinte aux libertés fondamentales», a commenté l’acteur de la société civile Elhadji Idi Abdou dans une réaction à Anadolu.
«Nous constatons tout simplement que l’Etat de droit est mis entre parenthèses par le pouvoir de Niamey. Notre droit constitutionnel de manifester est bafoué», a Maikoul Zodi, un des organisateurs de la marche prévue samedi.
Il a ajouté, dans une déclaration à Anadolu, que la manifestation de ce samedi visait à protester contre "la mal-gouvernance" et "l’abandon de l’école publique", par les autorités ainsi qu'à exiger la libération de certaines personnes arrêtées.
Parmi celles-ci, il y a l’opposant Amadou Ali Djibo dit «Max», arrêté lundi et transféré à la prison civile de Niamey jeudi, et l’acteur de la société civile Mohamed Insar arrêté depuis deux semaines à Agadez, dans le Nord du Niger où est extrait l’uranium.
Selon les organisations de la société civile, il lui est reproché d’avoir exigé, à travers les réseaux sociaux, que la lumière soit faite sur l’affaire dite de l' "Uraniumgate", du nom de cette transaction de trading entre la société française AREVA et la Société du patrimoine des mines du Niger (SOPAMIN) portant sur la somme de 319 millions USD (200 milliards de francs CFA), impliquant l’actuel ministre des finances Hassoumi Massaoudou.
Le gouvernement nigérien n’a toujours pas fait de déclarations sur l’arrestation de l’opposant Amadou Djibo Ali ni sur celle de l’acteur de la société civile Mohamed Insar.
Quant à l’affaire de l'"Uraniumgate", elle a, récemment, fait l’objet d’une enquête parlementaire qui s’est soldée par deux rapports antagoniques. L’un publié par des députés de la majorité avait conclu qu’aucun gramme de l’uranium nigérien n’a été vendu dans la transaction avec AREVA et que les 200 milliards de francs CFA ne peuvent donc appartenir au Niger.
L’autre publié par les députés de l’opposition avait mis en cause le ministre Hassoumi Massaoudou et a demandé sa «mise en accusation» par l’Assemblée nationale. Les mêmes organisations de la société civile qui peinent à manifester ont aussi saisit la justice sur la même affaire.
Une caution de 40.000 USD (20 millions de francs CFA) leur avait été exigée comme condition à l’examen de leur plainte. Elles ont ouvert un compte pour des contributions volontaires dans une banque de la place. Mais quelques jours après son ouverture, le compte a été fermé parce que, selon la banque, il est contraire à la loi sur le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.