Lassaad Ben Ahmed
12 Novembre 2018•Mise à jour: 12 Novembre 2018
AA / Niamey / Kané Illa
L’opposition nigérienne a manifesté contre la «mal gouvernance» du pouvoir du président Issoufou Mahamadou et exigé l’adoption d’un code électoral «inclusif et consensuel».
Elle a organisé une marche et un meeting, dimanche, auxquels ont pris part des milliers de personnes, a constaté le correspondant d’Anadolu à Niamey.
Initiée par le Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (FRDDR), la manifestation a été soutenue par les deux autres regroupements de l’opposition, à savoir, le Front patriotique (FP) et le Front de l’opposition indépendante (FOI).
Partis de la Place Toumo, périphérie Est de Niamey, les manifestants ont parcouru plus de deux kilomètres, avant d'arriver à la Place de la concertation, située devant l’Assemblée nationale.
Tout au long du parcours, ils ont scandé des slogans hostiles au pouvoir du président Issoufou Mahamadou.
Au cours du meeting, plusieurs orateurs ont pris la parole s'adressant aux manifestants.
Le coordinateur du FRDDR de Niamey Soumana Sanda a déclaré que : «Le Niger est, aujourd’hui, à la croisée des chemins, avec un pouvoir qui cultive la division».
Il a estimé que la situation exige de l’opposition de manifester tous les dimanches «pour faire restaurer la démocratie et l’Etat de droit au Niger».
Evoquant au nom du «Front patriotique», dont il est le président, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ibrahim Yacoubou a dénoncé «un gouvernement arrogant et méprisant à l’égard du peuple nigérien».
Il a appelé les militants de l’opposition à se mobiliser davantage pour «chasser par les urnes» les partisans du président Issoufou Mahamadou aux prochaines élections.
Le représentant de la société civile opposée à la loi de finances, Moussa Tchangari, est aussi monté à la tribune pour appeler les militants de l’opposition à intensifier la lutte contre tous les actes de «mal gouvernance» du pouvoir.
La plus importante allocution a été prononcée par le président du FRDDR et ancien président de la République, Mahamane Ousmane.
Accusant le pouvoir du président Issoufou Mahamadou d’avoir «conçu et mis en œuvre une stratégie de démantèlement systématique des fondements de la démocratie et de l’Etat de droit», depuis son installation en 2011, il a dénoncé les dernières modifications apportées au code électoral, notamment à l’article 8 qui interdit le chef de file de l’opposition, Hama Amadou, de toute compétition électorale.
«La loi doit être impersonnelle», a ajouté l’ancien président, avant de prévenir que «l’absence de justice et d’équité dans un pays, conduit à de graves frustrations et des risques de révolte et de débordements incontrôlables».
La manifestation de dimanche intervient quelques jours après la rupture des discussions engagées en début du mois d’octobre entre le pouvoir et l’opposition, autour de la révision de certains articles du code électoral.
Il s’agit notamment des articles 8, 12, 81, 82 et 145.
L’opposition regroupée au sein du FRDDR tient particulièrement à la révision de l’article 8 qui interdit l’opposant Hama de toute compétition électorale, suite à sa condamnation à une peine d’un an de prison ferme dans une affaire de «trafic de bébés».
Réagissant au retrait de ses représentants des discussions, dans une interview accordée à des chaînes de radios et télévisions privées, le ministre de l’Intérieur et président du principal parti au pouvoir, Bazoum Mohamed, a accusé l’opposition de manquer de volonté pour un large consensus politique en vue des prochaines élections.
Depuis la dernière élection présidentielle de 2016, les autorités et l’opposition sont restées antagoniques, l’opposition ayant refusé de reconnaître la réélection du président Issoufou Mahamadou.