AA/ Niamey/ Bureima Balima
Deux ans après la découverte spectaculaire de mine d’or sur les dunes de Djado et de Taffassasset, dans l’Extrême Nord nigérien, le commerce s’organise enfin. Aujourd’hui, Niamey espère collecter 80 à 100 kg d’or par mois pour l’année 2016, et faire travailler l’économie locale, selon les experts.
Avril 2014 avait été marqué par une véritable ruée vers l’or. Plus de 10 000 orpailleurs nigériens, tchadiens, soudanais etc. avaient pris d’assaut les montagnes du Djado et de Taffassasset (situées à plus de 1.000 km au nord-est d’Agadez) où un important gisement d'or a été découvert par hasard, quelques mois auparavant, selon des responsables locaux.
L’or de la région se vend aujourd’hui sur le marché noir au plus offrant et à pas moins de 18 mille FCFA (environ 32 dollars) le gramme, selon les mêmes sources.
Une mine d'or qui ne laisse personne de marbre donc, et encore moins le gouvernement nigérien qui, a récemment décidé de prendre «le contrôle» de la zone – où l’on ignore toujours combien de quantité d’or y est enfoui- afin de mieux organiser la filière aurifère.
Pour ce faire, le gouvernement nigérien a octroyé 18 permis de recherche de l’or et d’exploitation -dont 10 à Djado-à la Société de patrimoine des mines du Niger (Sopamin).
Abdoul Razak Abdou Moumoumi, Directeur chargé de l’évaluation des ressources minières à la Sopamin explique à Anadolu que, pour atteindre les objectifs fixés par Niamey, sa société, qui relève du gouvernement, a envoyé, l'an passée, une équipe qui a séjourné durant près de cinq mois dans la région aurifère.
"Cela nous a permis, dans un premier temps, d’avoir une visibilité sur les prix pratiqués sur le terrain, mais aussi d’avoir des chiffres approximatifs quant à la quantité existante en se basant, entre autres sur des témoignages d’orpailleurs", détaille le responsable sans fournir les chiffres en sa possession.
"A l’achèvement de cette mission de reconnaissance, notre société a décidé de créer sur les deux sites d’orpaillages, deux comptoirs mobiles qui ont commencé, dès le mois de janvier à collecter les informations, traiter et acheter l’or issu de la production artisanale et ainsi faire travailler de nombreux nigériens», assure-t-il.
«Il s’agit de véhicules équipés des dernières technologies qui permettent d'identifier les orpailleurs, de les former, mais aussi procéder au traitement, à l'achat et à la vente de l'or» explique le directeur qui indique que, «grâce à ce nouveau matériel, le travail peut se faire de manière très professionnelle et rassurer aussi bien les orpailleurs que les investisseurs».
«C’est une activité qui est réalisée en temps réel par des Nigériens et c’est de l’argent qui est directement injecté dans l’économie du pays» se réjouit Moumouni qui indique que le gouvernement espère ainsi collecter entre 80 et 100 kgs par mois, au moins.
Sopamin a eu l’agrément et le soutien de nombreux partenaires et notamment d’une société américaine du nom de « KG commodities » avec qui la société nigérienne a récemment signé un accord.
« La société américaine finance à hauteur de 600 mille dollars le prix des deux camions laboratoires. Il s’agit d’un prêt à taux zéro, en contrepartie, la société américaine a l’exclusivité pour acheter notre or» précise le directeur.
Depuis le début de l'exploitation industrielle de l'or dans l'ouest du Niger en 2001 jusqu'en 2010, le pays a exploité près de 14 tonnes d'or. Il mise désormais sur cette nouvelle exploitation du métal précieux pour rehausser son exploitation et exportation.
Une ambition qui aura de nombreuses retombées sur le niveau de vie de la population, explique Mohamed Moussa qui « revient d’une mission dans la zone ».
«Il y a encore beaucoup d’or dans la zone, le gouvernement à tout intérêt à bien encadrer le secteur pour que même les populations locales en profite », ajoute-t-il.
Surtout que, relève Moussa, l’insécurité ambiante règne depuis la découverte de l’or dans ces deux zones du Niger. Les attaques à mains armées contre les orpailleurs ou les traders sont en effet devenues monnaies courantes. Mais l'arrivée de ces comptoirs sur les sites devraient régler ce problème, dit-il.
Depuis la découverte « subite » de l’or dans la région, les transports se sont développés dans cette zone pourtant désertiques avec l’organisation de convois mensuels, et l’approvisionnement de la région en produits de première nécessité achetés ou échangés contre de l’or par les milliers d'orpailleurs présents.
Un terrain fertile donc, et qui devrait béneficier à tous d'après le responsable au sein de la Sopamin qui dit avoir hâte de voir les résultats d'un tel investissement.