AA/ Tunis/ Safwene Grira
L'attaque terroriste qui a visé, dimanche, la Côte d'Ivoire, consacre les velléités expansionnistes d'un terrorisme bicéphale (Al-Qaïda et Daech) en Afrique de l'Ouest, avec une préférence pour les jeunes démocraties comme cible.
Au-delà des zones d'action terroristes traditionnelles, cette expansion prend ainsi des dimensions géographiques et qualitatives, en visant successivement Bamako (attaque de l'hôtel Radisson Blu en novembre dernier), Ouagadougou (attaque de l'hôtel Splendid en janvier dernier), et finalement, une station balnéaire non loin d'Abidjan, la capitale économique ivoirienne, dimanche dernier.
Le terrorisme frappe, ainsi, en plein coeur des capitales ouest-africaines, celles particulièrement où le processus démocratique demeure relativement récent.
Au-delà, d'Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) qui a revendiqué l'attaque de dimanche, celles de Bamako et de Ouagadougou, le constat reste également vérifiable pour Boko Haram, affilié à Daech, qui s'en est pris au Niger et au Nigéria, et même au Tchad et au Cameroun (Afrique centrale). Les attaques kamikazes se poursuivent, de même que les incursions dans divers villages du Bassin du Lac Tchad. L'endiguement de Boko Haram serait désormais définitif, selon l'assertion de diverses sources militaires, après que ce groupe a réussi à mener des opérations kamikazes au coeur même de N'Djamena, l'été 2015.
La circonstance que les régimes de la sous-région s'affichent volontiers comme alliés de la France, présente dans le Sahel à travers l'opération Barkhane, n'est pas pour atténuer la convoitise des terroristes. Leur préférence pour les jeunes démocraties, particulièrement visible dans le cas d'AQMI, s'explique ainsi par des raisons stratégiques servies par une motivation d'ordre idéologique. La réaffirmation terroriste sous-jacente d'une répulsion envers les régimes démocratiques, en tant que "création occidentale", n'est ainsi pas sans lien avec le "ciblage" d'Etats en reconstruction, après des crises qui les ont fragilisés.
La Côte d'Ivoire, théâtre du dernier attentat, confirme à peine son processus démocratique, avec la présidentielle d'octobre dernier, et se remet de dix années de crise (2002-2011). L'attaque du Burkina Faso, qui a fait des dizaines de morts en janvier dernier, était concomitante avec l'investiture du nouveau Président de la République, March Roch Kaboré, après une année et quelque de transition politique. Le Mali, enfin, était visé en novembre dernier alors que son processus de paix interne se confirmait après les accords d'Alger, dont avaient été exclus les groupes terroristes.
Après les attaques terroristes de juin 2015, dans le Sud du Mali près de la frontière ivoirienne, le dispositif sécuritaire ivoirien a été renforcé, notamment, à travers un plan antiterroriste. Quoique préparée à cette attaque, "prévisible" selon nombre d'observateurs, la Côte d'Ivoire a essuyé un lourd bilan, avec 18 morts, les trois terroristes n'étant pas comptés. "Ce bilan aurait pu être encore plus important, si on n'était pas préparés", a expliqué un haut gradé de l'armée ivoirienne contactée par Anadolu.
Les failles sécuritaires consubstantielles à des pays en post-crise n'étaient pas sans attirer la convoitise des groupes terroristes avides de "faire du chiffre", aussi macabre qu'il soit. Le Burkina Faso, de son côté, a non seulement été ébranlé par une insurrection suivie d'une transition, mais également par un putsch perpétré par un corps militaire d'élite. Les origines de la crise malienne, avec un Etat particulièrement diminué notamment après après le coup d'Etat de 2012, renseignent quant à elles, sur le degré de préparation des forces armées maliennes (FAMA) à prévoir ou riposter à des actes terroristes. L'opération Radison Blu n'avait pu, du reste, être menée à son terme que grâce à l'intervention de forces d'élite occidentales.
La riposte appropriée à ces crises passera, ainsi, par la restructuration des secteurs de défense et de sécurité dans ces différents pays et ce, au-delà même du renforcement des mesures de sécurité qui a été décidé à l'issue de ces attentats.
L'approche sécuritaire appellera également davantage de coopération régionale avec le G5 Sahel, se voulant, de plus en plus, la véritable clé-de-voûte de la sécurité régionale.
Réunissant le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad, le G5 Sahel a concrétisé une coopération militaire, qui se manifeste, notamment, par des opérations transfrontalières conjointes. Des rencontres, réunions et sommets très fréquents se poursuivent, en outre, pour la sécurisation de cette bande sahélo-saharienne, autoroute de tous les trafics.
Début mars, les ministres de la défense des pays du G5 Sahel ont entrepris plusieurs projets dont la mise en place d'un organisme de protection sécuritaire dénommé le Centre sahélien d’analyse des menaces et d’alerte précoce, renseigne le site maliactu.net, citant des officiels malien. Ce centre fera office de direction régionale des renseignements généraux. Le financement de ce projet qui devrait être assuré par l’Union européenne est estimé à 7 millions d’euros, selon la même source.
Au-delà du cadre du G5, les pays d'Afrique de l'Ouest auront besoin de renforcer leur coopération sécuritaire, notamment sur le plan du renseignement, pour contre-carrer les menaces terroristes. Cette démarche relève d'une nécessité impérieuse d'autant plus que des pays comme le Sénégal sont loin d'être à l'abri d'une frappe terroriste, ainsi que reconnu, dans un récent entretien accordé au journal français l'Express, par le Président sénégalais Macky Sall. La nécessité de cette concertation sous-régionale se pose ensuite, avec d'autant plus d'acuité, qu'aussi bien les efforts sécuritaires que l'opinion publique, sont tournés vers le spectre, "plus lointain" mais non moins réel, de Daech, au détriment de la menace "plus proche" et imminente d'AQMI.
L'appui occidental, particulièrement français, demeure en outre nécessaire. La France demeure présente au Sahel à travers son opération Barkhane et collabore, de fait, étroitement avec les autorités nationales contre le terrorisme.
Les ministres français des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, et de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, se rendent ainsi mardi à Abidjan pour exprimer la solidarité de la France à l’égard de la Côte d’Ivoire, selon des sources officielles françaises.
Ce seront en tout 15 civils (et trois militaires) qui ont trouvé la mort dans la station balnéaire de Grand Bassam à une quarantaine de kilomètres d'Abidjan. Ils ont été abattus sur la plage par des hommes cagoulés lourdement armés, rappelant ainsi le modus operandi propre à Al-Qaïda et préjugeant de sa paternité avant même que n'intervienne, plus tard en soirée, la revendication du groupe terroriste "au Maghreb Islamique" (AQMI).