Safwene Grira
05 Novembre 2015•Mise à jour: 06 Novembre 2015
AA/Abidjan/Issiaka N'guessan
Mener à son terme le vaste chantier de la réconciliation, et faire profiter la population ivoirienne de la relève économique du pays, tels semblent être les deux principaux défis que devra relever Alassane Ouattara pendant son second mandat, s'accordent des experts contactés par Anadolu.
Le processus de réconciliation a emprunté, pendant le premier mandat de Ouattara, une route sinueuse. Des commissions sont créees, puis remplacées, sans que leurs rapports ne soient rendus publics. Une commission dialogue vérité et réconciliation (Cdvr) voit le jour en 2013, avant d'être remplacée par la Commission nationale pour la réconciliation et l' indemnisation des victimes des crises survenues en Côte d'Ivoire (Conariv), créée le 24 mars dernier.
Sa mission: parachever les travaux entrepris par l'ex-Cdvr, rechercher et identifier les victimes de la crise électorale de 2010 non encore recensées et assurer, en la supervisant, l'indemnisation des victimes.
"Une kyrielle de structures qui n'ont malheureusement pas encore réussi à réconcilier les ivoiriens", commente l'expert indépendant de la société civile ivoirienne, Dr Pierre Kouame Adjoumani de la coalition de la société civile pour la paix et le développement démocratique en Côte d'Ivoire (Cosopci).
Il indique que "Nous venons de finir des élections apaisées, sans violence, les Ivoiriens sont à saluer. Mais, pour un développement harmonieux, la politique de Ouattara pendant ce second mandat doit s'articuler autour de ces deux pilliers: la justice et la réconciliation nationale".
"Le Président doit ainsi mettre l'accent sur les procès en cours et à venir et se terminer avant la fin de son second mandat" recommande Dr Adjoumani, par ailleurs président de la ligue ivoirienne des droits de l'homme (Lidho).
Une dizaine de présumées responsables de la crise post-électorale de 2010-2011 comparaissent toujours devant la justice ivoirienne. Pour le chercheur au Centre Ivoirien de Recherches Economiques et Sociales (CIRES), Maurice Fahe, il s'agit là justement de l'autre volet de cette réconciliation.
"Si Ouattara a réussi l'aff politique des pro-Gbagbo, il doit en revanche faire montre de plus d'équilibre en s'intéressant aux débordements qui avaient été commis, pendant la crise post-électorale de 2010-2011, par certains de ses partisans", relève ce politologue ivoirien.
Cette nécessité procède également du "constat d'humilité" dont a fait preuve Ouattara. S'il a bien été réélu dès le 1er tour avec 83,66% des voix, le taux de participation de 54% "fausse cette supposée adhésion populaire, du moins l'interroge fortement."
Pour Seraphin Yao Prao, enseignant d'économie à l'Université de Bouaké (Nord), ce défaut d'adhésion fait suite à "une croissance économique dont les retombées n'ont pas bénéficié à la population ivoirienne."
"Certes, Ouattara peut se targuer d'un taux de croissance de plus de 9%, mais les Ivoiriens ne voient pas les fruits de cette croissance au niveau de leur pouvoir d'achat. Au contraire, la pauvreté a augmenté. L'enjeu majeur pour Ouattara se trouve à ce niveau. Comment faire pour que la croissance puisse imapcter positivement le bien-être des Ivoiriens", a déclaré à Anadolu Yao Prao, relevant que selon les standards mondiales, un Ivoirien sur deux vit dans un état de pauvreté, que seulement 28% des Ivoiriens ont accès à l'électricité.
La mise en oeuvre depuis 2011 de certains chantiers comme celui de la construction du chemin de fer dans l'ouest vers le port de San Pedro (Sud-ouest) pour l'exploitation du bauxite du mont Nimba et d'autres gisements (mont Claoyo-Bangolo, Ouest) devrait accroître les ressources du pays, relèvent des observateurs.
Néanmoins, le paiement rapide et réel de la dette intérieure, 34.7% du PIB, selon le Fonds Monétaire Internationale (FMI), qui a fait l'objet de maints audits, est attendu par des PME ivoiriennes, asphyxiées par des impayés.
Après le prix bord champ du cacao fixé le 2 octobre à Yamoussoukro à 1000 Fcfa/ kilogramme (2 USD), le monde paysan s'attend également à ce que la réforme touche d'autres filières notamment l'hevea et le coton, pour atteindre des prix plus rémunérateurs que ceux de 200 Fcfa/ kilogramme (-1 USD).