Mohamed Hedi Abidellaoui
02 Mars 2017•Mise à jour: 02 Mars 2017
AA/ Kinshasa/ Pascal Mulegwa
Conflits interethniques, rébellions étrangères, groupes armés et insurrections locales, jamais la République démocratique du Congo (RDC), ce plus grand pays d’Afrique subsaharienne, n’a été autant embrasée.
Ce pays d'Afrique centrale de 2,5 millions de km2, grand comme quatre fois la France d'ailleurs, vit une transition politique sur fond de crise économique persistante.
La partie orientale est, depuis plusieurs décennies, le bastion de plusieurs dizaines de groupes armés congolais et de rébellions étrangères, dont l’Alliance des forces démocratiques alliées (ADF). Cette rébellion ougandaise à qui Kinshasa attribue des actes « terroristes », depuis 2014 à Beni, dans la province du Nord-Kivu, a perpétué des massacres, faisant un millier de morts parmi les civils.
La réorganisation en Janvier 2017 de la rébellion du M23 battue par l’armée congolaise, avec l'appui de la brigade de l’ONU depuis fin 2013 a dégradé davantage l’environnement sécuritaire déjà détérioré par des tensions interethniques entre les communautés Hutue et Nande, dans la même province.
« Nous sommes également préoccupés par l’activisme accru des groupes Maimai dans la même région et dans les provinces voisines de celle-ci », a déclaré à Anadolu le colonel Haig Serge, porte-parole de la mission de l’ONU en RDC (Monusco). Ces mêmes tensions interethniques avivent le climat sécuritaire dans le Sud-est entre les Bantous et les Pygmées.
Jadis calmes et reconnus pour leurs diamants, les trois provinces enclavées du Kasaï (Kasaï, Kasaï-Central et Kasaï-Oriental) connaissent une insurrection locale menée par les adeptes d’un chef traditionnel, abattu par la police dans la ville de Tshimbulu, en Juillet 2016.
Le décès prématuré de Kamwina Nsapu a plongé la région du Kasaï dans un cycle de violences, caractérisées par des affrontements réguliers entre les forces de sécurité et des miliciens. Ces affrontements ont fait plus de deux cents morts depuis la crise, selon l’ONU.
Le Kongo central, province voisine de Kinshasa dans l’ouest de la RDC, est secoué par des affrontements récurrents entre les forces de l’ordre et les adeptes du groupe extrémiste Bundu Dia Kongo (BDK). Mouvement politico-religieux hostile au régime en place, BDK prône aussi la restauration du Kongo, en chassant tous les membres non originaires de cette province.
Ne Mwanda Nsemi , chef politique et spirituel de ce mouvement interdit d’existence par les autorités congolaises, s’est récemment opposé à son arrestation à Kinshasa en affrontant la police. Il réclame un poste au sein du gouvernement de transition.
Cet embrasement total de la RDC est interprété par plusieurs organisations de la société civile comme une tentative de retarder la tenue de l’élection présidentielle, prévue en décembre 2017.
Le 16 février dernier, « les mandats de toutes les institutions de la République sont arrivés à terme », a rappelé Jean-Claude Katende, président de l’Association pour la défense des droits de l’Homme (ASADHO), une ONG congolaise.
Le défenseur des droits de l’Homme soutient que « cet embrasement total risque de plonger le pays dans une situation désastreusement incontrôlable et de servir au pouvoir des arguments pour la non tenue des élections».
L’Eglise catholique, la plus grande et importante confession religieuse dans le pays, elle, craint une « planification en vue de retarder ou d’empêcher la tenue des élections prévues en fin d’année».
« Nous sommes profondément peinés de constater la multiplication des foyers d’insécurité et de violences qui se généralisent sur la quasi-totalité du territoire national », a déclaré, au cours d’une récente conférence de presse, l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de l’épiscopat catholique congolais, qui assure la médiation dans l’actuelle crise politique congolaise.
Le 31 décembre dernier, le pouvoir et l’opposition ont signé, sous l’égide des évêques catholiques, un accord de transition pour sauver le pays d’une crise politique, née de l’impossibilité d’organiser les élections dans le délai constitutionnel [Novembre 2016].
Joseph Kabila à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat est depuis le début de l’année 2015 accusé par l’opposition et la société civile de manœuvrer, en vue d'opérer un glissement du calendrier électoral, afin de se maintenir au pouvoir au-delà de son dernier mandat.