AA - Ankara - Bilal Muftuoglu
''La Turquie a renouvelé les autorisations pour les opérations au nord de la Syrie en vue d'un soutien logistique et humanitaire et non pas dans l'objectif de renforcer le PKK ou le PYD [le Parti de l'Union démocratique, la branche syrienne du PKK, ndlr]'', a affirmé le Premier ministre Ahmet Davutoglu à l'égard de l'engagement de l'Etat turc contre l'organisation terroriste de l'EIIL.
Le Premier ministre s'est exprimé mardi au siège du Ministère de l'Energie et des Ressources naturelles sur l'appui aux peshmergas qui souhaitent atteindre Kobané, initiative annoncée pour la première fois le 20 octobre par le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu ainsi que sur les nouvelles politiques énergétiques du pays.
Rappelant que la Turquie a d'ores et déjà accueilli 200 000 réfugiés venant de la ville frontalière de Kobané, Davutoglu a fait savoir qu'elle est prête à entreprendre toute mesure contre le groupe terroriste qui tente de prendre le contrôle de la ville. A cet égard, les aides logistiques et humanitaires octroyées par la Turquie ''sont tout à fait naturelles'', a-t-il ajouté.
''Je ne suis pas en mesure de vous révéler les détails sur la destination ou la quantité de nos aides du fait que notre sécurité nationale est en jeu'', a toutefois ajouté le Premier ministre, notant que le passage des peshmergas n'est pas en cours pour le moment.
''Notre autorisation aux peshmergas de traverser la frontière turque ne concerne absolument pas le PKK ou ses adeptes'', a insisté Davutoglu.
Selon le Premier ministre, la coopération avec les forces de peshmergas en matière logistique et humanitaire serait légitime en raison du fait que ces dernièrs sont une composante de l'armée irakienne d'après la constitution de l'Irak.
D'autre part, Ahmet Davutoglu a informé que la Turquie construira une troisième centrale nucléaire d'ici 2018 ou 2019. Il s'agit, a-t-il dit, d'un projet national qui sera réalisé ''lorsque le pays aura suffisamment de cadres et de compétences aptes à la construire sans intervention étrangère''.
Davutoglu a mis en relief que la sécurité énergétique du pays a été fragilisée par la main mise de L'EIIL sur plusieurs gisements pétroliers au nord de l'Irak et la crise en Ukraine ainsi que par l'imposition d'un embargo contre l'Iran. A l’aune de minimiser la dépendance aux ressources étrangères dans un contexte sensible, le meilleur choix serait l'énergie nucléaire, a-t-il indiqué.
Davutoglu a, par ailleurs, déploré la déstabilisation de la Syrie et de l'Irak, deux pays qui ''pourraient normalement faciliter la détermination des politiques énergétiques de la Turquie à moyen et long terme''.
La signature de l'accord avec le nord de l'Irak sur la transition de son pétrole par la Turquie l'an dernier ''s'est avérée cruciale'' vu les conflits dans la région, a poursuivi le Premier ministre. ''D'autres pays devront réaliser que la transition du pétrole irakien par un pays stable tel que la Turquie assure également leur propre sécurité énergétique'', a-t-il conclu.
La Turquie a d'ores et déjà deux projets de centrale nucléaire en cours.
La première, centrale nucléaire d'Akkuyu, dont la construction se poursuit en coopération entre les gouvernements russe et turc depuis 2010, sera installée dans la ville de Mersin (sud).
La deuxième centrale sera construite dans la ville de Sinop (nord) dans le cadre d'une coopération turco-japonaise. L'accord du projet, basé sur un modèle construction-exploitation-transfert avait été conclu entre l'ancien Premier ministre et actuel Président de la République, Recep Tayyip Erdogan et son homologue japonais Shinzo Abe le 3 mai 2013.