AA - Ankara - Tuncay Çakmak
Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré, vendredi, qu'il remettra la liste du cabinet provisoire au président de la République, Recep Tayyip Erdogan.
S’exprimant lors de la réunion des présidents des fédérations du Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti), Davutoglu a annoncé qu'il remettra à Erdogan, la liste du cabinet provisoire, dans les prochaines heures. Il a aussi critiqué les positions des partis de l’opposition lors des discussions pour former une coalition gouvernementale.
«Ils ont vite compris que rien n’était possible sans l’AK Parti, a-t-il affirmé. Malgré notre bonne volonté, il n’a pas été possible de s’associer avec l’un ou l’autre de ces partis. Le Parti républicain du peuple (CHP) n’a pas souhaité une coalition électorale. Le Parti d'action nationaliste (MHP) a refusé toutes formules et propositions. Il a dit 'NON' à tout. Il est impossible de comprendre une telle mentalité. Et maintenant que nous formons un cabinet électoral provisoire, le MHP s’attaque farouchement à son député d’Ankara, Tugrul Turkes, qui a accepté de rejoindre ce cabinet.»
Le Premier ministre a longuement remercié Tugrul Turkes qui, selon lui, a fait preuve d’une grande maturité politique, démontrant son sens des responsabilités et son courage politique face aux attaques de ses camarades du parti.
Ahmet Davutoglu s’en est également sévèrement pris au Parti Démocratique des Peuples (HDP), accusant ses responsables d’avoir changé totalement de discours après les élections du 7 juin, affirmant qu’ils ont dévoilé leurs vrais visages en faveur des armes et de la guerre.
«Ils sont allés trop loin en voulant tester notre patience, a-t-il expliqué. Ils ont cru que le contexte en Syrie les rendait plus forts. Ils ont cherché à pousser nos concitoyens kurdes à prendre les armes. Mais ils se sont trompés. Ils se retrouveront dans les profondeurs de l’histoire auprès de ceux qui ont voulu affronter notre peuple et notre pays.»
Davutoglu a rappelé que les opérations de sécurité ne visent aucune partie de la population, quelles s’adressent aux terroristes et qu’elles sont nécessaires pour rétablir la sécurité dans le pays.
- Critiques adressées au président Erdogan
Selon Davutoglu, le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a été la cible de certains milieux, comme le président élu démocratiquement en Egypte.
Davutoglu a expliqué que «quelqu’un» a cherché à faire tomber le président de la République, notamment lors des évènements de Gezi en 2013, au même moment que le coup d’état militaire en Egypte qui a renversé Mohammed Morsi.
«Certains sont effrayés par le développement de notre pays, a-t-il expliqué. Ils ont peur de notre réveil historique et le perçoivent comme une menace. Nos populations en Anatolie, au Moyen-Orient, dans le Caucase et dans les Balkans vont se retrouver et reformer cet espace de fraternité. C’est pour empêcher cela que les impérialistes ont transformé notre région en un océan de sang.»
Davutoglu a rappelé qu'en plus des réformes démocratiques et économiques, les gouvernements successifs de l’AK Parti depuis 2002, ont favorisé les échanges et la solidarité dans la région.
«Nous avions formé le mécanisme de coopération à trois entre la Turquie, la Syrie et l’Irak, a-t-il poursuivi. Nous avions initié une zone de libre échange entre la Turquie, la Syrie, le Liban et la Jordanie. Nous avons créé le Conseil Turc entre les pays turcophones. Nous avons organisé le sommet de la paix avec l’Afghanistan et le Pakistan. Nous avons créé le mécanisme de coopération à trois entre la Turquie, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine. Et aujourd’hui, ils nous accusent d’entretenir la guerre et le terrorisme. Cette campagne de désinformation ne pourra pas cacher toutes ces réalisations.»
Pour le chef de l’AK Parti, son mouvement est le seul représentant de cette volonté de rétablir les liens culturels, historiques et émotionnels avec les populations de ces régions.
«L’AK Parti est le seul parti aussi inclusif de notre histoire. Le destin de notre peuple s’est associé au destin de notre parti. L’AK Parti a réveillé ce géant qui dormait à l’intérieur de notre peuple depuis des dizaines d’années», a-t-il déclaré.
C’est pourquoi le parti et ses membres ne baisseront pas les bras et n’abandonneront pas leur mission, estime le Premier ministre.
«Ils savent que l’avenir de ce peuple dépend de la force de l’AK Parti, a-t-il poursuivi. Nous n’autoriserons pas que cet espoir soit éteint.»
Selon Davutoglu, son parti a été le grand vainqueur des élections du 7 juin, devançant la deuxième force politique de 16 points.
«Malgré les attaques simultanées de trois organisations terroristes contre notre pays, PKK, Daesh et DHKP-C (extrême gauche), nous n’avons jamais fais ressentir l’absence d’un gouvernement depuis les élections, a-t-il estimé. Aujourd’hui, je vais soumettre à notre Président de la République, la liste pour le cabinet électoral provisoire. Ce sera un nouveau pas vers les élections anticipées du 1er novembre. Quel que soit l’intitulé de ce gouvernement, nous allons agir en complète responsabilité et faire le nécessaire pour répondre aux besoins de notre pays et de nos citoyens. Notre peuple peut être tranquille.»