AA/Côte d’Ivoire/N’GUESSAN Issiaka
Le gouvernement ivoirien s’est décidé à contrer le phénomène des grossesses en milieu scolaire où 5076 jeunes filles en grossesse, du primaire et du secondaire ont été enregistrées au cours de l’année scolaire 2012-2013 sur l’ensemble du territoire national, impliquant des artisans, des enseignants et des éléments des forces de l’ordre, policiers et gendarmes comme auteurs de ces grossesses. Une campagne « Zero grossesse à l’école » a été aussi lancée en 2014 par le ministère de l’Education Nationale et de l’enseignement technique dirigé par Kandia Kamissoko Camara.
Le 2 Avril dernier, le conseil des ministres tirait la sonnette d’alarme sur un phénomène longtemps passé sous silence mais dont l’ampleur ces derniers temps a poussé les autorités gouvernementales à réagir avec la menace de sanctions privatives de liberté à l’encontre des auteurs de grossesse sur des jeunes filles élèves.
« Nous avons tous fait un constat amer, on a entrepris une sensibilisation en partenariat avec l’Association ivoirienne pour le bien-être familial-AIBEF » affirme Dr Yoda Noufou, médecin du Travail, coordonnateur du centre régional de la mutualité et des œuvres sociales en milieu scolaire (Cremos) à Korhogo (606 Km au Nord d’Abidjan).
Ce sont 1137 cas au primaire pour 3939 au secondaire qui ont été touchés par ce fléau de l’école ivoirienne contre lequel le gouvernement répond par la sensibilisation et maintenant par une volonté de sanction privative de liberté. La tranche d’âge de ces filles varie entre 11 et 15 ans soit 77,6%. « Nous avons fait le tour de toutes les écoles publiques de la Direction régionale de l’Education nationale et de l’enseignement technique (Drenet) de Korhogo. La lutte engage tous les acteurs du système éducatif, parents, élèves, enseignants. Nous avons fait le tour des établissements privés avec le même message pour expliquer les facteurs favorisants mais surtout proposer les solutions », a soutenu Dr Yoda Noufou.
« L’ignorance, la méconnaissance sur le minimum d’information sur la santé de la reproduction, la pauvreté, les conditions socio-économiques défavorables et les cas de mariage précoce constituent les causes de ce phénomène » explique Dr Yoda Noufou.
A Korhogo, pour faire face au fléau, « le lycée Félix Houphouët-Boigny a rouvert son internat » et « l’ouverture des cantines » est vue comme une solution, révèle le coordonnateur régional de la mutualité et des œuvres sociales et milieu scolaire. La plupart des jeunes filles en grossesse sont issues de familles pauvres.
« Pour une histoire de 500f (1 Usd) 1000F (2 Usd), le commerçant, le chauffeur de mototaxi ou le mécanicien va demander des rapports sexuels en contrepartie de l’aide apportée ou a apporter» explique Dr Yoda qui soutient que « le sexe est encore un sujet tabou dans nos régions, rare sont les enfants qui parlent de sexualité avec les parents » renchérit-il.
« Nous avons mis en place des comités sectoriels composés d’élèves, d’un représentant des parents d’élèves, d’un éducateur et d’un représentant de la Direction de la mutualité et des oeuvres sociales en milieu scolaire dans l’établissement. Ils ont été formés en santé de la reproduction », révèle Dr Yoda Noufou de la Drenet de Korhogo.
Il soutient que la chute des cas est liée à « la phase de sanction annoncée » par le gouvernement.
Les Drenet les plus touchées durant l’année scolaire 2012-2013 sont celles de Bondoukou (Est, 132 cas), Daloa (Centre-Ouest, 95 cas) et Bongouanou (Centre-Est, 69 cas) quand les villes de Divo, Gagnoa et Daloa dans le Centre-Ouest du pays constituent le trio de tête dans le secondaire avec respectivement, 224, 223 et 202 cas de grossesses enregistrés.
Au niveau du Ministère de l’Education Nationale et de l’enseignement technique, un « plan accéléré » en sept points a été conçu avec un focus sur la santé sexuelle et la reproduction, l’utilisation des Arts et du sport et la réduction de la vulnérabilité de la jeune fille. Ce plan accéléré s’inscrit dans la campagne « zéro grossesse à l’école ».
Les Drenet de Touba (Ouest), Minignan et Odienné (Nord-Ouest), Séguéla (Centre) et Bouna sont mieux loties avec 27 cas à Odienné, 23 à Bouna (Est) et 21 à Séguéla, 9 cas à Touba et 0 cas à Minignan.
Située en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire sort depuis Mai 2011 d’une grave crise, issue d’un coup d’Etat manqué transformé en rébellion pendant huit ans et qui, au terme d’une élection présidentielle organisée en Octobre et novembre 2010, a connu une crise postélectorale qui a fait officiellement 3000 morts.