AA/ Bamako/ Moussa Bolly
Situé à moins de 200 km des frontières guinéennes, Yanfolila (Mali) est en proie à la panique et à la paralysie économique, surtout depuis la mort des quatre maliens atteints par le virus. La peur, la crainte et la méfiance courent ses rues et courcircuitent toute sorte d’activité.
«La psychose est toujours de mise quoique la population ait été assez informée sur la maladie. Elle est de plus en plus consciente de la proximité de la menace, dès l'annonce des trois morts occasionnées par l'épidémie», souligne à Anadolu Siaka Diakité, minier évoluant à Kalana (Sud-ouest).
Le préfet Boubacar Touré n’y va pas par quatre chemins et exhorte ses administrés à la prudence. Un appel à la prudence qu’il lance, au moment où la fin des travaux champêtres approche à grand pas et où l’orpaillage va attirer beaucoup de monde de part et d’autre de la frontière.
L’économie a été gravement touchée et risque, désormais, le pire selon certains commerçants et habitants de la région. «Ici, en dehors de l’orpaillage, beaucoup de gens vivent du commerce avec la Guinée. Les cigarettes et les médicaments en sont le fer de lance. Mais, depuis le déclenchent de l’épidémie dans ce pays, les gens ont peur de s’y rendre», explique Sibiri Sidibé, un jeune chauffeur.
Sétou Sangaré, une restauratrice locale, abonde dans le même sens : «Même les foires hebdomadaires ne drainent plus beaucoup de monde. Nous avons du mal à nous approvisionner en produits maraichers frais», signale-t-elle.
La douane malienne paye, elle aussi, le lourd tribut de la panique et du recroquevillement occasionnés par Ebola. « En raison du ralentissement des flux entre la zone et la Guinée, nous avons du mal à réaliser nos objectifs en termes de recettes douanières», affirme à Anadolu un douanier malien, sous couvert d’anonymat.
La menace est d’autant plus sérieuse que les acteurs économiques s’organisent pour y faire face. Serge Lowe, responsable d’une entreprise médicale annonce avoir adopté un Plan d’action contre la fièvre hémorragique à virus Ebola, compte de la proximité de la mine de Kalanade la Guinée-Conakry (à 140 km des frontières).
«Bien qu’un seul cas ait été jusque là enregistré au Mali, la position géographique de Kalana nous a imposé de renforcer les mesures de prévention, en l’absence de traitement efficace et de vaccin pour l’homme», explique Dr. Serge Lowe.
Le Plan d’action dont il est question est axé sur la sensibilisation, la prise en charge des cas suspects et avérés, le suivi et l’évaluation.
« Une petite enquête sur place nous a permis de constater que la sensibilisation au niveau national et local porte ses fruits. En effet, la majorité des personnes savent comment le virus se transmet et quels sont les comportements à adopter face à une personne contaminée », fait remarquer M.Lowe.
La vigilance est de surcroît du côté de la brigade locale de surveillance épidémiologique, qui a mobilisé 8760 personnes et près de 780 véhicules, pour contrôler les flux des voyageurs, en provenance de la Guinée. Ce qui
«Mais la vigilance doit être de mise. Il ne faut jamais baisser la garde», assure Dr Seydou Sogodogo, médecin chef de Yanfolila et responsable de la brigade locale de surveillance épidémiologique. Celle-ci a aussi mis en œuvre un plan d’urgence à travers six postes de surveillance pour contrôler le flux à la frontière avec la Guinée-Conakry, un pays sérieusement traversé par l’épidémie. Cette rigoureuse surveillance a déjà permis de contrôler près de 8 760 personnes et 780 véhicules.
«En plus de la forte mobilisation de l’Etat, il nous faut l’accompagnement des partenaires», a déclaré le Médecin chef, Dr Sogodogo. Un appel auquel la Somika SA vient de répondre par un don important au district sanitaire. Il s’agit de 36 combinaisons de protection et autant de masques, 18 lunettes et autant de bottes, 125 gants de protection et 5 thermomètres laser infrarouge.
En outre, la société minière a offert la somme de 10 millions de F CFA sur quatre mois (2,5 millions par mois) pour appuyer les actions de sensibilisation, le paiement des agents sanitaires sur le terrain et la mise en place des sites d’isolement.
Pour Djibouroula Togola, Chef de cabinet du ministère malien des Mines, cette contribution est d’autant appréciable que la prévention est un axe essentiel de la lutte contre cette épidémie qui se veut "un monstre rampant qui se propage à une vitesse fulgurante... Le renforcement des capacités d’intervention est l’une des meilleures stratégies pour enrayer cette menace".