AA/ Londres
La communauté internationale doit trouver le moyen d’entamer une enquête indépendante et impartiale pour traduire en justice les auteurs du génocide rohingya, affirme le président d’un groupe Rohingya de premier plan.
Le président de l'Organisation nationale des Rohingyas d’Arakan (ERNO), Nurul Islam, a déclaré à l'Agence Anadolu à Londres que les Rohingyas "font face à des persécutions graves et institutionnalisées" au Myanmar, comprenant "des crimes contre l'humanité commis dans des visées génocidaires".
Nurul Islam a appelé à ouvrir d’urgence une enquête sur les crimes atroces commis par les hauts gradés de l’armée du Myanmar.
"La Cour pénale internationale devrait enquêter sur les hauts responsables militaires pour crimes contre l'humanité et génocide", a-t-il déclaré.
Nurul Islam, qui assume également les fonctions de coordinateur de la Coalition Free Rohingya, a souligné que même une mission d'enquête de l'ONU "a clairement indiqué qu'il n'est pas possible d'obtenir justice par un mécanisme initié par le gouvernement birman". La tâche doit donc être accomplie par la communauté internationale.
Des déclarations qui interviennent dans le sillage de la publication du rapport de la mission d’enquête indépendante des Nations Unies au Myanmar, qui a fait état, plus tôt dans la semaine, de « viols collectifs et de meurtres» ayant ciblé même les nourrissons et les jeunes enfants, ainsi que la répression brutale menée par les forces de sécurité du Myanmar.
Les enquêteurs de l'ONU ont indiqué, que de telles violations peuvent constituer des "crimes contre l'humanité".
- Obligations internationales
La communauté internationale devait être "contrainte" d'agir contre le gouvernement du Myanmar sur la base de la convention de 1948 sur la prévention et la répression du génocide, a déclaré Nurul Islam.
Concernant le rôle de l’Union Européenne dans la résolution de la crise des Rohingyas, il a indiqué que l’UE a fait des déclarations de soutien à l’aide humanitaire aux déplacées, soulignant cependant qu’elle devrait également prendre des mesures politiques proactives, afin de faire pression sur le gouvernement birman.
"Le Conseil de sécurité des Nations Unies est un échec total", a-t-il déclaré, relevant qu’il ne peut décider d'une résolution sur le problème Rohingya "en raison de l'opposition potentielle de pays comme la Russie et la Chine".
Au sujet du soutien des pays musulmans, Nurul Islam a noté que l’Organisation de la coopération islamique (OCI) est la deuxième plus grande organisation mondiale, relevant qu’elle a une influence importante dans des pays comme la Chine et la Russie.
Cependant, il a considéré que l’OCI n’a pas mis en place de politique proactive concernant les Rohingyas.
Selon lui, certains pays musulmans qui entretiennent de bonnes relations avec la Russie et la Chine devraient influencer ces deux pays pour les inciter au moins à garder une neutralité à l’égard de la question Rohingya.
La communauté internationale et l’ONU doivent rechercher une résolution contraignante, a-t-il souligné.
«Ils feraient mieux de parvenir à un consensus mondial, car il s’agit d’un génocide - il y a des preuves à ce sujet- et ces criminels doivent être déférés devant la Cour pénale internationale ».
"Mais le Conseil de sécurité de l'ONU est la seule organisation qui pourrait déclencher une enquête approfondie de la part de la CPI."
- Message à la Turquie
Les Rohingya attendent beaucoup du peuple et du gouvernement turcs, a déclaré Nurul Islam.
"Nous sommes très heureux de la déclaration sur la solidarité avec le peuple Rohingya exprimée par le président [Recep Tayyip] Erdogan", a-t-il souligné.
«La Turquie peut jouer un rôle de premier plan dans le monde musulman, lorsque un génocide a lieu dans un pays, tandis que l’opinion mondiale est divisée », a déclaré Islam.
"C'est là un rôle important que devraient jouer les leaders musulmans comme Erdogan et la Turquie."
Par ailleurs, le responsable a indiqué attendre également un soutien de la part des pays de l’ASEAN [le Myanmar en est membre] car ils peuvent faire pression pour que les droits des minorités Rohingya soient reconnus. La Malaisie pourrait jouer à cet égard un rôle important dans l’organisation, a-t-il conclu.
Le 25 août 2017, le Myanmar a lancé une vaste opération militaire contre la minorité ethnique musulmane, faisant près de 24 mille morts dans les rangs des civils. Quelque 750 mille personnes, dont des femmes et des enfants, ont été contraints de fuir au Bangladesh, selon les données de l’Organisation des Nations Unies (ONU),
Les Rohingyas sont considérés par l’ONU comme étant la communauté la plus persécutée au monde.