AA/Ankara / Satuk Bugra Kutlugun
C’est une situation économique semblable à celle de l’Allemagne d’avant la Seconde Guerre mondiale, affirmé le président du Conseil européen des Rohingyas, Khairul Amin.
Mais alors que le parti nazi cherchait à persécuter quiconque ne répondait pas à leur idéal aryen dans le but d’unifier une patrie de l'après-Seconde Guerre mondiale en faillite avec des ennemis communs, Amin estime que le gouvernement du Myanmar ne vise qu’un seul groupe, les musulmans.
« Si nous cherchons la racine de notre problème, est-ce dû à l’économie ou est-ce dû à une haine ancestrale chez les bouddhistes Rakhine [Arakan] ? » s’interroge Amin, lors d’une inerview avec l’Agence Anadolu (AA).
« Non, en fait, cela est dû aux gouvernements birmans [myanmarais] qui ont manipulé le peuple de Rakhine pour qu’il nous haïsse, qu’il nous gouverne et nous gouverne » affirme-t-il.
C’est que les théoriciens de la société nomment l’«Autre» - l’état d’être différent par à rapport à la « normalité » ordinaire.
Mais tandis que le dirigeant allemand Adolf Hitler a ciblé les Juifs, les homosexuels et les membres de la communauté des gens du voyage, et a ainsi provoqué une série d’évènements que nous connaissons maintenant sous le nom d’holocauste, en les blâmant de tous les problèmes du pays, le gouvernement du Myanmar s’est créé son propre Autre.
Environ 1.3 million de musulmans Rohingyas vivent dans des camps isolés dans l’Etat de Rakhine, dans le sud-ouest du Myanmar, où la situation a été qualifiée d’«épouvantable» par l’ONU.
Depuis 1982, les Rohingyas ne sont plus officiellement citoyens du Myanmar. Apatride, cette minorité musulmane visée par des campagnes haineuses et privée des droits élémentaires, constitue, selon l’ONU, «l’une des ethnies les plus persécutées du monde».
Au cours des dernières années, environ 130 000 Rohingyas ont fui le pays par la mer, selon l’ONU, alors que le gouvernement du Myanmar persiste à nier la persécution de la minorité Rohingyas sur son territoire.
Au moins 280 personnes, en majorité des musulmans, ont été tuées depuis le déclenchement de violences confessionnelles au milieu de l’année 2012, et environ 90 000 personnes déplacées et plus de 2500 maisons incendiées, en majorité appartenant aux Rohingyas.
Des moines bouddhistes extrémistes ont été accusés d’attiser les tensions avec des sermons autour de "la menace de l’Islam par rapport au Bouddhisme".
L’année dernière, Human Rights Watch (HRW) a accusé le gouvernement du Myanmar d’«attiser les tensions communautaires».
Le Secrétaire à la promotion des droits dans le Conseil européen des Rohingyas, Ambia Perveen, affirme que depuis les Rohingyas font face à « une forme de génocide ».
« Ce n’est pas différent de ce qui est arrivé à Sarajevo ou au Rwanda […] Il existe des restrictions sur les mariages, sur le fait d’avoir des enfants, l’éducation […] Nous ne pouvons pas nous marier sans autorisations, pratiquer l’Islam, parler notre propre langue, ou circuler librement. En 1950, notre population comptait 2,2 millions de personnes. De par l’horloge biologique, nous aurions dû nous multiplier en nombre, mais aujourd’hui nous sommes moins d’un million » a déploré Perveen.
« Ce sont les signes d’un génocide »
En juin, un chercheur reconnu du South Asia Institute de l'Université d'Heidelberg, Siegfried O. Wolf, a décrit, sur le service international de diffusion de l'Allemagne Deutsche Welle, l’Etat de Rakhine comme une des régions les plus pauvres du Myanmar, bien qu’elles soient généreusement pourvues de richesse naturelles.
« Les Rohingyas sont ainsi considérés comme un fardeau économique supplémentaire pour l’Etat, étant donné qu’ils postulent également aux rares emplois disponibles et aux opportunités d’affaires. Les emplois et les entreprises sont en majorité occupés par l’élite birmane [myanmaraise]. Par conséquent, nous pouvons affirmer que le ressentiment des bouddhistes envers les Rohingyas n’est pas que religieux. Il est également d’ordre politique et économique » a expliqué Amin.
Le président du Conseil européen des Rohingyas affirme que le gouvernement du Myanmar a expressément encouragé la haine entre les deux ethnies de l’Etat de peur de perdre les ressources naturelles minérales de la région.
« Le gouvernement birman [myanmarais] ne peut pas que les Rakhine et les Rohingyas soient alliés, parce que s’ils perdent leur pouvoir, ils perdront leur part des ressources. Ils ont donc délibérément mené un programme pour encourager la haine contre les musulmans dans l’objectif de nous diviser » a-t-il poursuivi.
Le responsable rohingya rapporte que le gouvernement du Myanmar propage des messages tels que « si vous n’agissez pas contre les Rohingyas, ils vont prendre le pouvoir - L’Islam arrive, vous devez protéger le Bouddhisme, si vous ne le protégez pas, les musulmans vont prendre le contrôle de ce pays, comme en Malaisie et en Indonésie ».
Cette politique a été héritée des années durant lesquelles la junte militaire était au pouvoir dans le pays, d’après Amine qui soutient que : « Ils ne laisseront jamais le peuple de Rakhine diriger cet Etat ; ils ne laisseront jamais les Rohingyas diriger l’Etat. Ils tenteront toujours de nous diviser en nous tenant éloignés ».
Amine souligne que la haine s’est propagée bien au-delà de Rakhine et est maintenant prônée par des membres de l’opposition « libérale » et par des moines bouddhistes, dont des personnalités fauteuses de troubles tel qu’Ashin Wirathu qui a été « encouragé » à se rendre à Rakhine pour faire appliquer des mesures de contrôle.
Wirathu est un important responsable du mouvement nationaliste et extrémiste bouddhiste « 969 » constitué de moines qui considèrent l’Islam comme une menace pour le Bouddhisme et pour le Myanmar.
Il est devenu internationalement connu lorsque le magazine TIME l’a mis en couverture, en 2012, avec pour titre « Le visage du terrorisme bouddhiste », mais jouit d’une forte popularité localement depuis des années.
« A chaque fois qu’il vient à Rakhine, il crée des problèmes, mais le gouvernement lui permet de venir » a révélé Amine, en ajoutant que le moine extrémiste n’est qu’une des personnalités à avoir été amenées à Rakhine pour semer des troubles.