AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Phénomène perpétuel depuis la nuit des temps, qui a pris des formes diverses en fonction de l’évolution du monde, la migration humaine apparaît aujourd’hui comme l’une des problématiques majeures de l’époque, appréhendées par certains pays au même titre que le terrorisme.
Aussi, la Journée internationale des migrants, célébrée le 18 décembre de chaque année, offre-t-elle l'occasion de dissiper les préjugés et de sensibiliser l’opinion à leurs contributions dans les domaines économique, culturel et social.
« Les migrations volontaires comme les déplacements forcés ont toujours été le lot commun de l’humanité. La plupart des gens comptent probablement parmi leurs ancêtres des personnes ayant migré », constate l’Organisation mondiale de la migration (OIM).
Il n’y a qu’à se souvenir du flux de nouveaux arrivants en Amérique du Nord venus de plusieurs continents, notamment d’Europe, qui se sont installés et construit ce qui est devenu la première puissance mondiale, les Etats-Unis.
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale qui a décimé des millions de vies, l’Europe a accueilli à bras ouverts des masses de travailleurs africains et maghrébins qui ont grandement contribué à remettre sur pied le « vieux continent ».
Depuis, les temps ont changé. Ces bâtisseurs sont par moments devenus indésirables, crises économiques, montée des mouvements xénophobes et autres facteurs des temps modernes obligent.
Les conditions de vie déplorables et l’absence d’horizons dans les pays d’origine, ajoutées aux mesures draconiennes mises en place par les pays récepteurs, ont fait des migrants des proies faciles aux mains des trafiquants d’êtres humains sans vergogne.
« Je suis un migrant mais je n’ai pas eu à risquer ma vie à bord d’un bateau qui prend l’eau ou à payer des passeurs. La migration sûre ne doit pas être réservée à l’élite mondiale », s’est emporté Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, en septembre 2017.
En faisant ce parallèle mémorable, il décrit ce qui est peut-être l’un des principaux défis auquel doit faire face le monde d’aujourd’hui. Alors que nous vivons une époque dans laquelle une élite privilégiée considère la mobilité mondiale presque comme un droit de naissance, de nombreuses autres personnes prises au piège dans des situations économiques dramatiques ou des conflits se voient privées de ce droit, déplore dans ce contexte, William Lacy Swing, directeur général de l’OIM.
Cependant, une nouvelle donne est intervenue. Aujourd’hui, le smartphone, outil d’uniformité par excellence - désormais entre les mains de plus de 2 milliards d’habitants à travers le monde -, continue de changer tout cela, relève M Swing.
En moins d’une décennie, les smartphones ont permis à de nombreux sortants d’obtenir des connaissances approfondies sur les démarches entreprises jusqu’ici par l’ « élite ». Nous sommes donc en présence de deux réalités divergentes qui coexistent et qui s’affrontent sur la même planète, rendant imprévisibles et instables les politiques de nombreux pays, jusqu’alors figées.
Il suggère de réfléchir à comment gérer la majorité qui se voit privée du droit à la mobilité en raison de ses circonstances de vie.
Des centaines de millions de personnes qui ne sont pas compétitives sur le marché du travail de plus en plus mondialisé doivent regarder de l’extérieur un monde dont elles ne peuvent que rêver. Elles font face à de grandes difficultés et inégalités de revenu et n’ont aucune chance d’obtenir un visa ou un permis de travail.
Il n’est pas étonnant que d’énormes vagues de jeunes migrants pleins d’espoir embarquent à bord des « bateaux qui prennent l’eau ». Motivés par l’absence de possibilités économiques, souvent aggravée par les changements climatiques, ils sont aussi vulnérables au chant des sirènes sur les réseaux sociaux.
C’est là où les réseaux de passeurs, les trafiquants et les esclavagistes modernes entrent en jeu pour se livrer à leur commerce en toute impunité. Ces tromperies cruelles restent impunies tandis que les géants des médias sociaux partent à la conquête de nouveaux marchés dans les pays du Sud, déplore le responsable de l’OIM.
C’est ce type de migration que l’on voit aux informations et qui, dans le pire des cas, a conduit à la terrible réalité - révélée pour la première fois par l’OIM - de migrants africains vendus comme esclaves et domestiques asservis. A mesure que l’accroissement de population et la récession économique poussent les migrants à faire fi de toute prudence et à quitter leur domicile, le populisme fait inévitablement rage dans les pays d’accueil où les communautés sont déjà confrontées à des problèmes de chômage et d’identité.
Pourtant, les migrations demeurent incontournables, la mondialisation aidant. De nombreuses raisons amènent les gens à se déplacer – que ce soit pour étudier à l’étranger, rejoindre des membres de la famille, chercher un emploi ou des moyens de subsistance, ou assurer un meilleur avenir à leurs enfants. D’autres quittent leur pays pour fuir la criminalité, la violence, les conflits, la persécution, l’insécurité, la discrimination, les catastrophes naturelles et la dégradation de l’environnement, ou encore la pauvreté, explique l’OIM.
C’est que « les migrations jouent un rôle essentiel pour la croissance économique et le développement, notamment en remédiant aux pénuries du marché du travail à tous les niveaux de qualification. Les migrations ont des effets majoritairement positifs, aussi bien pour les pays d’origine que pour les pays d’accueil », en conclut catégorique, l’organisation mondiale.
.Face à la complexité du problème, aux préoccupations des uns et aux motivations des autres, de multiples voix s’élèvent pour plaider en faveur d’une coopération renforcée et une action collective entre les pays et les régions.
Pour le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, « la réponse passe par l’instauration d’une coopération internationale qui aidera à encadrer les migrations de sorte que les bénéfices qu’elles apportent soient plus largement répartis et que les droits fondamentaux de toutes les personnes concernées soient protégés ».
L'ONU qui joue un rôle actif de catalyseur dans ce domaine, préconise l’adoption en 2018, d’un « pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière ».
C’est l’un des engagements pris par un Sommet de haut niveau réuni en septembre 2016 au siège des Nations Unies à New-York.
Dans le but de renforcer la protection de millions de personnes déplacées dans le monde entier, les États Membres se sont en outre, engagés à :protéger les droits des réfugiés et des migrants, à sauver des vies, à partager la responsabilité du soutien et de l'accueil de ces réfugiés et migrants et à entamer des négociations menant à une conférence internationale.
En cours de négociations avec les Etats Membres sous les auspices des Nations Unies, le Pacte mondial sur la migration, premier accord intergouvernemental du genre, repose sur la conviction que la migration n’est pas tant un problème à régler qu’une réalité humaine à gérer.
"Si nous cessons de penser aux règles strictes et obligatoires qui permettent à plus de 8 millions de vols, transportant 44% de la population mondiale, de décoller et d’atterrir chaque année, nous devrions pouvoir trouver des règles communes pour permettre à de nombreux autres de voyager, migrer et rentrer chez eux librement et en toute sécurité. Nous devons offrir un espoir à ceux qui vivent dans la misère économique, proposer des voies légales à davantage de migrants ou des possibilités de migration circulaire à ceux qui souhaitent travailler et rentrer chez eux ensuite… car si nous ne trouvons pas de solutions, les passeurs le feront pour nous, au détriment de la vie humaine et du tissu social de nos sociétés", prévient déjà M. Swing.
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