AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui
Les migrants africains ont envoyé quelques 35, 2 milliards de dollars à leur famille en 2015, selon les dernières données publiées par la Banque Mondiale.
Un chiffre qui devrait atteindre les 36 milliards pour l’année 2016, soit plus de 2% et demi du produit intérieur brut et trois fois plus que l’aide publique au développement de la majeur partie des pays africains, et ce, en dépit de la conjoncture économique mondiale défavorable, selon les projections de la même source.
Même si l’Afrique subsaharienne totalise seulement 1 % des envois de fonds dans le monde en 2015, ce résultat reste supérieur à celui de 2014, estimé à 0,2 % et devrait atteindre les 3.4 % en 2016, avise la Banque mondiale.
«Il s’agit d’une véritable perfusion économique qui gagne toutefois à être canalisée, notamment dans la gestion des fonds», commente l’universitaire et économiste sénégalais à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Serigne Ousmane Beye, dans une déclaration à Anadolu.
Selon un article publié par le journal d’affaires congolais «Business et finances» (10 janvier 2016), l’argent transféré par les quelques 30 millions d'africains vivants hors du continent, sert, aujourd'hui, «à couvrir les besoins de base et les dépenses d’urgence ou sociales des familles proches du seuil de la pauvreté.»
«Il représente entre 80 % (Mali) et 75 % (Maroc) de l’aide publique au développement» et participe à «l’amélioration du pouvoir d’achat des proches, et donc au soutien de l’économie locale, notamment des secteurs de commerce et des services», selon la même source.
Cette dynamique marquant le cours des migrations africaines ne doit toutefois pas cacher une réalité du présent: l’Afrique subsaharienne demeure largement dépassée, en matière d’envoi de fonds, par l’Asie de l’Est et Pacifique, où les transferts des migrants ont été de 4,2 % en 2015, soit une croissance inférieure aux 7,4 % enregistrés l’année précédente, d'après le même rapport de la BM.
Malgré la dépréciation, cette région reste en effet la première destinataire d’envois de fonds au monde, qui devraient s’élever à 131 milliards de dollars cette année contre 127 milliards en 2015.
Commentant l’écart séparant cette région asiatique de l'Afrique subsaharienne, l’analyste économique Ousmane Beye avance trois axes.
«D'abord, les migrants asiatiques sont plus nombreux que les Africains. Puis, les migrants asiatiques sont plus qualifiés sur le plan professionnel, donc, ils sont généralement mieux rémunérés. Et enfin, culturellement, les Asiatiques sont plus portés vers l'épargne que les Africains.»
A cette raison, s'ajoute une autre, et non des moindres, à savoir, le caractère onéreux des transferts vers l'Afrique, selon un rapport publié en avril 2016 par la Banque Mondiale («Migration and Remittances»).
Si l’Afrique sub-saharienne figure parmi les régions qui enregistrent les flux des transferts des migrants les plus faibles en valeur absolue, elles sont cependant en tête des régions où les coûts de transfert est le plus élevé, selon la dite-étude.
L’envoi de 200 USD (115 000 FCFA environ) coûte en moyenne 19 USD (11 049 FCFA) en Afrique sub-saharienne contre, 15 USD (8 607 FCFA) dans la zone Afrique du Nord & Moyen Orient, révèle le document.
Des coûts de transfert, presque deux fois supérieurs à ceux constatés en Asie du Sud, pour le même montant (11 USD) en 2015.
Parmi les pays profitant de ces transferts, selon le même rapport, 60 % sont absorbés par le Nigéria (avec 20.7 milliards USD en 2015), dont le poids économique, la démographie et la puissante diaspora, apparaissent comme un véritable atout.
En seconde place du classement, le Ghana (2 milliards USD), suivi par le Sénégal et le Kenya qui ont reçu 1.6 milliard USD de leurs migrants en 2015.
D'après un rapport du Fonds international de développement agricole (IFAD), une agence onusienne, «les envois de fonds sont particulièrement onéreux lorsqu'ils sont destinés aux zones rurales mal desservies de l’Afrique, qui recevraient de 30% à 40% des flux totaux.»
«Les familles doivent souvent aller chercher cet argent loin de leur lieu d’habitation, donc ajouter des frais de déplacement substantiels et du temps aux commissions de transfert déjà lourdes», souligne le rapport.
Par ailleurs, «la majeure partie des envois de fonds en Afrique sert uniquement à l’achat de produits d’usage journalier et seuls 10% à 20% des fonds envoyés en Afrique par les migrants sont économisés ou investis», précise le même rapport qui préconise aux bénéficiaires de «ramener ces fonds dans le système financier officiel, ce qui pourrait accroître leur impact d’une manière spectaculaire».
En 2014, le G8 et le G20 avaient déjà émis l'objectif de ramener le coût des transferts à 5 % du montant transféré. Ce qui restituerait 4 milliards de dollars aux migrants africains et à leurs familles, rappelle «Business et finances».
La FIDA, de son côté, souligne la nécessité d’assouplir les conditions de transfert pour atteindre cet objectif. Pour cela, elle conseille de «rendre le marché plus concurrentiel et d’étoffer le réseau d’agences pour que les transferts empruntent des voies formelles.»
Pour «Business et finances», les opportunités que représente cette manne financière pour les économies nationales font aujourd’hui l’objet de trois types d’approche.
L’approche anglo-saxonne qui considère que l’accent doit être mis sur «la fluidification de l’offre de services, en stimulant la concurrence par une réglementation souple» ou encore «la diversification des modes de transferts rapides (par innovations technologiques notamment)».
L’approche hispanique adoptée par le Maroc et qui gagne du terrain en Afrique. Celle-ci «privilégie une stratégie de bancarisation des migrants afin de capter les ressources consacrées à l’épargne» à travers «une vaste gamme de produits bancaires spécifiques à leurs besoins et les transferts deviennent alors un produit d’appel à coût très bas».
Et enfin, l’approche francophone tente davantage de canaliser les ressources des migrants vers des investissements collectifs dans les infrastructures de santé et d’éducation ou dans des projets productifs entrant dans le cadre de programmes de co-développement, souligne le site congolais.