AA - Paris - Bilal Muftuoglu
Immigré et chef d'entreprise, habitant de banlieue et un maroquinier de renom...Les réussites économiques ne riment pas toujours avec les immigrés en France, surtout au vu des barrières sociales qu'ils subissent, pourtant le cas de Tobi Tabadi, un jeune habitant togolais de la banlieue marseillaise, illustre toute une autre image des étrangers, parfois dissimulée ou ignorée par les médias.
Arrivé du Togo en 2004 à l'âge de 14 ans, Tabadi est aujourd'hui un créateur d'entreprise et un des rares fabricants de maroquinerie dans le sud de la France. Son motif de venir en France et le parcours qu'il a suivi sont pourtant bien loin du monde de la mode, explique-t-il dans une interview avec Anadolu.
"Ma conviction c'était de devenir footballeur", indique Tabadi, évoquant qu'il s'était fait repérer par un agent de football au Togo, qui l'a fait venir en France. Installé alors dans le sud de la France tout seul, Tabadi réalise un bon départ, en prenant des licences au sein de plusieurs clubs et en s'inscrivant à un centre de formation. Pourtant, dès l'âge de 14 ans, il refuse de se limiter au football et prend son temps libre pour apprendre la fabrication des vêtements dans les ateliers et s'améliorer en couture.
"Au départ je me suis lancé dans le vêtement avec des petits dessins. Ce n'était pas mon but principal, c'était juste pour passer du temps", précise le maroquinier togolais.
A l'âge de 17 ans, sa carrière de footballeur essuie un grand coup alors que son intérêt pour la mode et la couture ne cesse de s'agrandir au fil du temps. En effet, subissant une usure précoce des articulations, il ne pouvait plus jouer à un niveau très élevé, apprend Tabadi avec regret.
"C'est à ce moment-là que je me suis complètement lancé dans la mode", évoque-t-il, soulignant qu'il n'était pas intéressé par le football "amateur".
Ce lancement s'agit pourtant d'une initiative purement personnelle. En effet, tout au long de sa carrière, Tabadi, loin de ses parents, qui eux, vivent toujours en Afrique, n'obtient aucune aide financière, sauf un prêt de 4 000 euros, le prix d'une machine à coudre professionnelle. Doté d'un esprit entrepreneurial, il crée seul la marque déposée, "Valvess", en 2004, avec quelques premiers modèles.
Malgré la création d'une marque personnelle à un âge jeune, Tabadi ne commence à s'en servir qu'en 2011. En effet, il enchaîne plusieurs petits travails entre temps pour assurer sa sécurité financière, mais aussi pour acheter les machines à coudre et d'autres matériels nécessaires pour la maroquinerie. Se retrouvant au chômage en 2011, il décide de se concentrer uniquement sur sa marque, devenue aujourd'hui une maroquinerie de renom dans le sud de la France, notamment dans un marché où les ateliers de fabrication de la mode se ferment l'un après l'autre.
Le succès de Tabadi, qui embauche désormais plusieurs employés, qu'il forme souvent lui-même, ne passe pas inaperçu à Marseille, en particulier dans les quartiers sensibles au nord de la ville.
"Les personnes de banlieue réagissent d'une manière très positive à mon succès", se réjouit Tabadi, évoquant qu'il a été l'invité d'honneur de la fondation Z5 de l'ancien footballeur marseillais, Zinedine Zidane, comme un "jeune créateur d'entreprise issu des quartiers sensibles".
"Je me suis présenté aux jeunes issus de ces zones pour leur dire que je suis comme eux et que eux aussi peuvent réussir", note le jeune maroquinier.
Reconnaissant les difficultés auxquelles il a fait face comme un immigré en France, Tabadi ne se laisse pourtant pas emporter par des sentiments négatifs.
"Quand on vient d'ailleurs, on est obligé de s'imposer et aller au delà, c'est aussi une source de fierté de soi", renchérit ce jeune homme d'affaires de 28 ans.
"On a énormément de chances de réussir, il faut juste avoir le courage et on y arrive", conclut Tabadi avec un sourire.