Meher Hajbi
10 Novembre 2019•Mise à jour: 10 Novembre 2019
AA / Bruxelles / Cherifa Getin
La Turquie est un pays d'une importance capitale pour l’Union Européenne, dont la volonté de rétablir une relation de confiance avec Ankara est évidente, selon le nouveau rapporteur pour la Turquie au Parlement européen, Nacho Sanchez Amor.
Nacho Sanchez Amor s'exprimait dans une interview qu'il a accordée pour la première fois au correspondant de l’agence Anadolu à Bruxelles, suite à son élection au poste de rapporteur pour la Turquie au Parlement européen.
Pour Sanchez Amor, les relations de l'Union européenne avec la Turquie ont été altérées par une grave perte de confiance entre les deux parties. Toutefois, les relations bilatérales sont à l'orée d'une nouvelle ère, marquée par une atmosphère de rétablissement de la confiance.
Sanchez Amor a indiqué qu'il avait décidé d’accorder sa première interview à l'agence Anadolu, après son élection au poste de rapporteur pour la Turquie au Parlement européen, soulignant que sa prédécesseure, Kati Piri, avait pris ses fonctions dans une période difficile.
Le nouveau rapporteur pour la Turquie au Parlement européen a assuré que sa tâche ne sera pas facile non plus, mais qu’il est déterminé à impulser les relations de l'Union européenne avec la Turquie, pays d’une importance capitale pour l'UE.
“Je souhaite œuvrer de manière objective et intégrale. Je rencontrerai les acteurs majeurs de tous les secteurs afin d’impulser les relations turco-européennes vers des domaines plus efficaces et multilatéraux”, a-t-il dit.
Définir les champs de coopération
Concernant la stratégie à adopter pour améliorer les relations de l'Union européenne avec la Turquie, qui passent par une période difficile, Sanchez Amor a expliqué que les deux parties doivent s'abstenir de tout échange de critique en ce qui concerne “les normes universelles”.
“Les deux parties doivent renforcer la coopération bilatérale pour atteindre des objectifs spécifiques, au lieu de se cacher derrière les critiques. Cela permettra d'identifier des terrains communs de collaboration pour résoudre les problèmes”, a-t-il poursuivi.
Par ailleurs, le nouveau rapporteur pour la Turquie au Parlement européen a rappelé que l'Union européenne avait unanimement exprimé son rejet de l’opération militaire “Source de Paix”, menée par la Turquie au nord de la Syrie.
“Nous devons identifier les différents domaines de progression et de divergence”, a-t-il indiqué.
Nous admettons les craintes sécuritaires turques
“L'union européenne comprend les craintes sécuritaires légitimes de la Turquie. Cependant, cela ne signifie pas que nous consentions au lancement d’une opération militaire unilatérale en Syrie”, a-t-il expliqué.
Nacho Sanchez Amor a affirmé que l’opération “Source de Paix” a donné lieu à des discussions en rapport avec l’article 51 de la Charte des Nations Unies, prétendant que la démarche prise par la Turquie pour résoudre ses préoccupations sécuritaires est contraire au droit international.
“L’article 51 de la Charte des Nations Unies ne permet à la Turquie de se défendre qu’en cas d'agression extérieure”, a-t-il prétendu.
Répondant à une question sur les attaques à la roquette, menées par l’organisation terroriste “YPG/PKK” depuis la Syrie contre des zones civiles à l'intérieur du territoire turc, Sanchez Amor a dit "se souvenir du bébé kurde Aylan, mort sur la côte turque, et d’un nourrisson décédé suite à des attaques à la roquette ayant pris pour cible le district de Akçakale.
Il a, par ailleurs, affirmé que : “Personnellement je ne cesse de critiquer toutes sortes d’attaques visant les civils, je ne défends aucune partie mais je fustige les attaques à la roquette contre Tell Abyad”.
Taxer toutes les activités de “terrorisme” n’est pas judicieux.
Pour justifier la non condamnation unanime de l’Union européenne des attaques de l’organisation terroriste “YPG/PKK” contre Tell Abyad, Sanchez Amor a prétendu que l’UE n’avait pas la capacité d'identifier les responsables de ces attaques.
“L’incapacité d’identifier la partie responsable des attaques à la roquette, menée par l’organisation terroriste, a empêché la publication d’une condamnation contre ces attaques”, selon ses dires.
Le nouveau rapporteur pour la Turquie au Parlement européen a prétexté que “terrorisme” est un terme vague et est utilisé pour qualifier un ensemble d’activités, toutefois, toutes les attaques ayant pour cible la Turquie peuvent être considérées comme des "craintes sécuritaires légitimes".
En ce qui concerne le putsch manqué du terroriste ‘“Gulen”, dans la nuit du 15 Juillet 2016, Sanchez Amor a trouvé légitime de le déjouer, cependant, qualifier toute activité de “terroriste” n’est pas judicieux et détournerait l’attention du “vrai terrorisme”.
La Turquie et la migration
Sanchez Amor a reconnu que le fardeau de la migration pèse, en grande partie, sur la Turquie et il s’agit d’un fait qui doit être reconnu. “La Turquie peut exiger de l’Union européenne des aides supplémentaires” a-t-il dit.
“Le problème migratoire n’a, toujours, pas été résolu. Si aucune solution ne sera proposée, l'Union européenne devrait assumer ses responsabilités vis-à-vis la Turquie”, a-t-il ajouté.
Le nouveau rapporteur pour la Turquie au Parlement européen a prétendu que l’opération militaire “Source de Paix” n’a pas contribué à créer une atmosphère positive pour résoudre les problèmes d’immigration et de réfugiés, précisant que le transfert des réfugiés, par la Turquie, vers des zones sûres (Nord de la Syrie) constitue une démarche dangereuse d’autant plus que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a insisté que le retour des réfugiés aux zones sûres doit être réalisé volontairement tout en respectant leur dignité humaine.
"Ceux qui seront transférés par la Turquie dans la zone sûre, qui sont-ils ? Ces villes seront-elles vraiment sûres ? Et le retour de ces réfugiés dans ces zones va-t-il conduire à une recomposition démographiques de la région ?” s’est-il interrogé.
Sanchez Amor a assuré que l'Union européenne compte envoyer des aides aux réfugiés syriens en Turquie, toutefois, les lourdeurs bureaucratiques ralentissent l’opération.