AA/ Cotonou/ Sébastien Lokossou/ MA
La ligne ferroviaire Niamey-Cotonou (1040 km), dont les travaux ont démarré en avril dernier vient concrétiser un rêve vieux de 80 ans et ravive également l’espoir du train transafricain Le Cap- Le Caire, rêve ayant longtemps hanté le Britannique Cecil Rhodes.
Cet « exploit » ne serait néanmoins pas sans risques à prendre en considération, selon le géopoliticien béninois, Emmanuel Sédégan.
Au cours du lancement des travaux de la ligne ferroviaire Niamey-Cotonou les 07et 08 avril 2014 en présence de Boni Yayi et de Mhamadou Issoufou, présidents respectifs du Bénin et du Niger, place a été faite aux avantages de ce projet « assez prometteur ».
La boucle ferroviaire Niamey-Cotonou, qui reliera ensuite Ouagadougou (Burkina Faso) et Abidjan (Côte d’Ivoire) est perçue par certains experts et observateurs comme la « pierre angulaire » d’une « véritable intégration régionale ». D’un coût estimé à 700 milliards de francs CFA (1,46 milliard usd), ce projet se veut en premier lieu un remède aux « voies ferrées nigériennes qui s’usent rapidement », selon le géopoliticien Emmanuel Sédégan. Dans ce sens avait également abondé le ministre nigérien de l’aménagement du territoire, Amadou Boubacar Cissé, à l’inauguration des travaux : « ce train permettra la réduction des coûts des transports et de l’entretien routier, de mieux sécuriser les importations et les exportations par la diversification des corridors
et de favoriser l’exploitation des ressources minières ».
Mais, le géopoliticien Sédégan va plus loin en énumérant les bienfaits de cet ‘’exploit africain’’ : « ce chemin de fer reliant Niamey au port de Cotonou, permettra au Niger de diversifier les voies par où transite l’essentiel de son fret, notamment bien des quantités d’uranium, vers l’Occident ».Pour lui également les deux pays vont pouvoir en tirer profit : « Le Niger en exportant sa production en uranium et le Bénin en percevant les coûts relatifs aux opérations de transit par son port »
Le revers de la médaille
La ligne ferroviaire Niamey-Cotonou n’aura pas uniquement un impact positif sur la vie économique et sociale dans les deux pays. Elle pourrait néanmoins déclencher certains soucis dont il convient de prendre les précautions nécessaires, tel que le pense M. Sédégan.
« Le transport de produits comme l’uranium n’est pas sans
risque. Un accident de trains transportant de l’uranium peut créer des dégâts énormes, car ce produit chimique irradie à des milliers de kilomètres » avertit le géopoliticien.
Il ajoute dans la même perspective que les populations riveraines qui tomberont sur ce produit, réalisant qu’il coûte cher, n’hésiteraient pas à l’emporter chez eux. Ce provoquera la mort de plusieurs gens ».
« Pis encore », avertit Emmanuel Sédégan : « les pays par où passeront les trains de fret seront la cible du terrorisme international. D’ailleurs, Al-Qaïda quête de l’uranium pour fabriquer une bombe nucléaire ». D’où la nécessité, alarme-t-il, de prendre toutes les précautions nécessaires en coordonnant avec toutes les parties prenantes.
Sur un autre plan, le géopoliticien béninois s’est montré navré par le fait de privilégier un homme d’affaires français au détriment des entrepreneurs béninois, nigériens et africains pour la réalisation du projet.
« J’aurais aimé voir des entrepreneurs béninois, nigériens, somme toute, africains aux commandes de ce projet. Il faut que le continent se dote de grands entrepreneurs parmi ses enfants. Les Africains d’abord, les autres après », a-t-il insisté.
Un rêve ravive un autre
Le rêve d’une ligne ferroviaire Niamey-Cotonou, sur le point d’être concrétisé après huit décennies d’attente fait penser à celui de la ligne Le Cap-Le Caire (7241,28 km), rêve chère au britannique Cecil Rhodes (ancien premier ministre de la colonie du Cap en Afrique du Sud dans les années 18 80 et fondateur de la British South Africa Company et de la compagnie diamantaire De Beers). Le rêve n’est pas interdit, au fait.
Le géopoliticien Emmanuel Sèdégan réalise que l’objectif de Rhodes derrière ce projet n’était pas de rendre service aux populations africaines, mais plutôt de servir l’intérêt du colonisateur (transfert des richesses et des matières premières du continent vers l’Europe via les ports). Mais, « dès lors que des Africains patriotes s’y mettent, ce rêve pourrait être concrétisé pour servir le développement global du continent », pense-t-il.
Aujourd’hui que « les consciences sont plus développées et que plusieurs dirigeants africains sont plus vigilants, cette voie transafricaine du Cap au Caire aura des bienfaits économiques et sociaux indéniables », assure M.Sédégan.
Force est de constater par ailleurs que le projet de la ligne ferroviaire Le Cap-Le Caire était heurté à un ensemble d’obstacles, en premier desquels, les zones climatiques (déserts et forêts tropicales) par où devait passer cette voie, puis l’hostilité des populations indigènes peuplant le trajet y afférent. Serait-on aujoujourd’hui en mesure de pallier tous ces problèmes et de mobiliser les financements nécessaires pour finalement voir des Africains voyager jusqu’au bout de la brousse et de la jungle africaines, du Cap au Caire ?