AA/Abidjan(Côte d’Ivoire) /Fulbert Yao
Des mercenaires ont été utilisés en Côte d’Ivoire pendant les crises de 2002 et 2011 par chacune des deux parties opposés, ont indiqué vendredi à Abidjan des experts onusiens qui ont livré des observations préliminaires, au terme d’une mission d’enquête de quatre jours en terre ivoirienne.
D’après l’expert indépendant onusien Patricia Arias qui s’est exprimé au nom du groupe devant la presse il ressort des enquêtes que «les deux parties opposées pendant la crise de 2002 et la crise postélectorale de 2011 auraient utilisé des mercenaires lesquelles auraient commis des violations graves des droits de l’homme à l’encontre de la population civile ».
Patricia Arias souligne qu’«aucun mercenaire n’a été identifié» pendant le séjour du groupe, cependant rapporte-t-elle «des mercenaires sont recrutés principalement et majoritairement au Libéria mais viennent aussi d’ailleurs. Ce sont des étrangers qui habitent les pays limitrophes ».
Le groupe de travail onusien a dit avoir observé également « une certaine perception dans la population ivoirienne d’un manque de justice et de réparation aux victimes».
En termes de recommandation, les experts onusiens jugent « nécessaire d’écarter des forces de sécurité policières et militaires les éléments qui ont commis des violations des droits de l’homme durant les crises de 2002 et 2011 »
Les experts recommandent aussi le renforcement de la « coopération régionale afin de lutter contre les mercenaires et leur impact négatif sur les droits de l’homme » et demandent que «les sociétés militaires et de sécurité privées soient tenues responsables dans le cas ou des membres de leur personnel commettraient des violations des droits de l’homme ».
Le groupe de travail des Nations Unies conduit par l’experte des droits humains, Patricia Arias a séjourné en Côte d’Ivoire du 7 au 10 octobre et a échangé avec les autorités politiques, judiciaires, sécuritaires, diplomatiques et la société civile ivoirienne.
Un rapport final de leur mission en Côte d’Ivoire sera présenté au Conseil des droits de l’homme de l’Onu en septembre 2015.
Depuis 1990, la Côte d’Ivoire a connu plusieurs intenses violences dont la crise postélectorale de 2011 déclenchée après que Laurent Gbagbo eut refusé de reconnaître sa défaite à la présidentielle de 2010 face à Alassane Ouattara.
Plus de 3000 personnes ont péri en quelques mois et environ 300'000 Ivoiriens ont fui le conflit pour se réfugier dans les pays voisins.Des mercenaires sont soupçonnés d’avoir pris une part active dans la crise postélectorale de 2011, auprès des combattants pro-Gbagbo et Ouattara.
En septembre 2002, des soldats rebelles venus de pays limitrophes tentent de prendre la capitale ivoirienne. Ils échouent dans leur tentative de prendre Abidjan mais parviennent à occuper d'autres villes, respectivement dans le centre et le nord du pays coupant la Côte d'Ivoire en deux zones géographiques distinctes.
Depuis la fin de la crise de 2011, plusieurs incursions auraient été menées par certains de ces mercenaires à partir du Liberia pour tenter de déstabiliser le gouvernement du président actuel Alassane Ouattara, dont l'une avait tué sept Casques Bleus en juin 2012.
Dans le même mois de juin 2012, 41 jeunes taxés de mercenaires libériens ont été transférés dans les prisons ivoiriennes.En juin 2014, Un tribunal de Monrovia a condamné 13 mercenaires libériens pour des attaques contre des villages ivoiriens en 2011 et 2012.