AA/N'djamena/ Mahamat Ramadane
Le coût de l'intervention militaire tchadienne contre le groupe armé Boko Haram divise le pays: tandis que l’opposition et la société civile dénoncent des dépenses qui pèsent sur les finances publiques, le gouvernement assure, pour sa part, que les problèmes financiers du pays sont plutôt liés à une crise économique mondiale.
Plus le bilan des combats menés par les forces tchadiennes contre les hommes d’Abubakar Shekau "s’alourdit", plus les voix désapprouvant l’engagement du gouvernement dans cette guerre, s’élèvent.
En effet, couplé à des pertes humaines - plus de 100 militaires tchadiens ont péri dans les combats, selon le porte-parole de l’état-major tchadien, le colonel Azem Agouna à Anadolu- et aux moyens logistiques mobilisés, le coût financier de cette guerre irrite une large partie de la communauté tchadienne pour qui les financements auraient, plutôt, dû servir des priorités économiques et sociales.
Un cadre du trésor public préférant garder l'anonymat, contacté par Anadolu, parle, à ce propos, d’une somme de 18 milliards de Fcfa, soit 44,5 millions de dollars américains, dépensés depuis le démarrage des opérations militaires.
"Nous commençons à comprendre le jeu du président Deby. Il utilise l’armée nationale à des fins personnelles et pour servir son gouvernement, pour lui le sort de nos soldats sur le terrain importe peu, il pense surtout à faire bonne figure politique et diplomatique. Nous devons agir pour l’empêcher", a déclaré Saleh Kebzabo, chef de file de l’opposition tchadienne, lors d’une tournée de sensibilisation sur la biométrie pour les échéances présidentielles menée dans le sud du pays vers la fin du mois de mars dernier.
Dénonçant les agissements du gouvernement tchadien, le porte-parole du Cadre de Concertation des Partis Politiques de l’Opposition Démocratiques (CCPPOD), qui regroupe une dizaine de partis politiques de l’opposition, Djimet Clément Bagaou, abonde dans le même sens : "Nos soldats sont utilisés comme une chair à canon dans les affrontements contre Boko Haram, il n’est pas surprenant qu’on nous cache les bilans réels des combats. Il est temps que nous nous penchions, sérieusement, sur cette question".
Même son de cloche du côté de la société civile : "L’opinion nationale était favorable à l’intervention au début, lorsque le gouvernement a dit à l’Assemblée Nationale [chambre monocamérale du Parlement tchadien, ndlr] que les dépenses des opérations seront assurées par la communauté internationale mais tout a basculé lorsque nous nous sommes rendu compte que cette intervention pèse de tout son poids sur les finances du pays qui traversent du coup des moments difficiles", a, pour sa part, déclaré mardi à la presse, Dingamnayal Nely Versinis, président du Collectif Tchadien contre la Vie Chère.
Il a, par ailleurs, fait observer que les promesses relatives à la collecte de fonds à hauteur de 50 milliards de Fcfa (125 millions USD) pour les opérations, faites lors du sommet de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) en janvier dernier à Yaoundé(Cameroun ), sont restées lettres mortes attisant, davantage, la colère des Tchadiens.
Contacté par Anadolu, le porte-parole du Parti au pouvoir, le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), Jean Bernard Padaré, a rejeté d’un bloc toutes ces accusations qu’il qualifie "d’infondées et de gratuites".
Reconnaissant que les dépenses consacrées à la lutte contre Boko Haram sont "considérables", le secrétaire général du ministère de l'Assainissement public et de la bonne Gouvernance, Djamal Dirmy Haroun, a souligné de son côté, à Anadolu que "les problèmes de trésorerie évoqués ne sont pas en réalité une conséquence de la guerre contre Boko Haram mais de la situation économique mondiale. C'est une simple coïncidence" ajoutant "c'est le prix à payer pour mettre hors d'état de nuire le groupe armé qui menace notre économie et celle de la sous-région". Il a, par ailleurs, souligné, que "le Tchad n'est pas seul dans cette guerre."
Depuis plusieurs semaines, le Cameroun, le Niger et le Nigéria, sont ainsi pleinement engagés dans la lutte contre le groupe armé, mais l'effort de guerre du Tchad reste considérable.
"Depuis le début de l'offensive tchadienne, en janvier dernier contre Boko Haram, plusieurs chars de combat, 3500 hommes, 600 véhicules légers et 200 blindés ont été dépêchés vers le Lac Tchad, à la frontière avec le Nigéria, au Cameroun et au Niger pour contrecarrer les plans diaboliques du groupe armé nigérian", a déclaré à Anadolu le porte parole de l'état major tchadien, le colonel Azem Agouna.
La position du parti au pouvoir est relayée par le gouvernement mais ne réussit guère à convaincre ni à calmer les esprits. Le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET) a, ainsi, adressé, via un communiqué, un préavis de cinq jours au gouvernement, à compter du 3 avril 2015, avant d’entamer une grève générale, si les salaires et les primes de craie ne seront pas versées entièrement. Le Syndicat des Travailleurs des Affaires Sociales et de la Santé( Syntass) a adressé un communiqué similaire au gouvernement.