AA/ N'djamena/ Abdoulaye Adoum/Mahamat Ramadane
En moins de 3 semaines, les exactions du groupe armé nigérian Boko Haram ont provoqué le déplacement de plus de 40 000 habitants des îles du Lac Tchad, qui ont rejoint des îles "plus sécurisées militairement", portant à 75 000 le nombre de réfugiés total, selon un rapport des Nations unies. Une situation que N'Djamena espère juguler au plus vite, a assuré à Anadolu le Secrétaire Général du Ministère de l’administration et de la sécurité publique, Tahir Oley Hassan.
#1 Données sur les réfugiés:
- Juillet 2014, une première vague d’arrivée de 1 000 réfugiés nigérians sur la petite île tchadienne de Wourtchoua suivi de plusieurs vagues de réfugiés nigérians et de retournées tchadiens après l'attaque de Baga, le 3 janvier au Nigéria, (qui a fait une centaine de morts), et les premières attaques, en territoire tchadien en février (île de Ngouboua qui a fait 5 morts), selon un rapport, publié vendredi, consacré à la situation humanitaire dans la région du Lac et à l'impact de la crise nigériane, publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha) des Nations unies, et dont Anadolu a reçu copie.
- Des dizaines de milliers de déplacés en provenance du Nigeria et du Niger en direction du Tchad, ou bien qui ont quitté près d’une soixantaine d’îles du Lac Tchad, vers des îles tchadiennes davantage sécurisées à l’instar de Bol et Baga-Sola, ont fui, les attaques et affrontements entre Boko Haram et armé régulière ou répondent à l’appel préventif du gouvernement tchadien, le 24 juillet dernier, qui réclame de laisser le champ libre aux opérations militaires, rappelle le document.
Ils sont ainsi plus de 40 000 nouveaux déplacés internes dans la région du Lac Tchad a avoir été enregistrés entre le 21 juillet et le 10 août 2015, portant le nombre total de réfugiés, déplacés internes et retournés à plus de 75 000 personnes dans la région depuis janvier 2015, indique le document.
#2 Situation humanitaire & besoins:
- 10 sites spontanés se sont ainsi créés dans et autour de Bol et Baga Sola réunissant plus de 21 900 déplacés. Près de 19 000 déplacés ont trouvé refuge dans 3 sites spontanés autour de Bol, dont 6 717 dans des familles d’accueil à Bol et 2 500 le long de la route Meli-Bol à la date du 12 août dernier, détaille le rapport.
- Devenant à présent 75 000 déplacés, ils sont, pour la majorité d'entre eux, plongés dans une situation humanitaire chaotique. De nombreux besoins en soins, nourriture, abris etc.. ont ainsi été enregistrés par les organismes humanitaires à la suite de plusieurs missions d’évaluation menées dans 7 sites spontanés à Baga Sola et Bol.
- Les besoins prioritaires identifiés pour les quelques 40 000 nouveaux déplacés internes sont les abris, la sécurité alimentaire, l’eau, hygiène et assainissement, et la santé. Vivant à la belle étoile en pleine saison de pluie sans aucune protection, les réfugiés font face, pour beaucoup d'entre eux,à des risques de maladies hydriques.
Les réfugiés pris en charge :
- 3 sites de l’île Bagasola (Kafia, Dar Al Nahim et Kousseri) qui réunissent 2976 réfugiés, bénéficient d’une réponse humanitaire d’urgence.
- Quelques 7 000 réfugiés enregistrés sur le site de Dar Es Salam ( site de 232 ha situé à 10km de Bagasola, à environ 70 km de la frontière Nigériane) ont été pris en charge. Leurs besoins sont globalement couverts en matière d’éducation, de protection, de sécurité alimentaire et de santé, indique le document.
Le nombre de réfugiés y augmente peu (seul 23 nouveaux arrivants ont été enregistrés le 27 juillet dernier contre le départ de 100 personnes qui ont estimé que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies dans le camp).
#3 Réponses et financement :
Tandis que les besoins humanitaires s'accroissent, il est nécessaire "de mettre à jour le plan de réponse d'urgence spécifique et de mobiliser des ressources additionnelles pour renforcer la capacité de réponse des acteurs", préconise le document.
Selon le rapport de l'Ocha, le plan de réponse humanitaire pour le Tchad en 2015 requiert 572 millions USD pour assister deux millions de personnes, mais ne prend toutefois pas en compte les nouveaux besoins liés à la crise actuelle. A ce jour, il est financé à hauteur de 198 millions USD, soit seulement 35% du montant requis souligne le texte.
Pour le Secrétaire Général du Ministère de l’administration et de la sécurité publique,qui a été au chevet de la population du Lac Tchad, au camps des déplacés en fin du mois de juillet, il est vrai que "les déplacés ne peuvent pas vivrent de manière commode, même avec les aides sanitaires et alimentaires dépêchées sur place par le gouvernement tchadien et ses partenaires, parce que ces derniers constituent un poids démographique important des îles accueillants".
Cependant, "Le gouvernement tchadien, par l'intermédiaire du ministère de l'administration et de la sécurité publique a pris l'initiative, en juillet dernier, de déplacer les habitants des îles de Lac Tchad, exposés aux menaces de boko haram, vers des zones terrestres, plus sûrs et accessibles qui permettraient le déploiement rapide des forces pour la sécurisation et l'acheminement des aides de premières nécessités."
"Une solution idoine pour cette situation urgente que nous cherchons à juguler dans un temps record..." a ajouté Hassan.