Un ex-rapporteur de l’ONU appelle à activer la “responsabilité de protection” contre les crimes israéliens à Gaza
- « Lorsque le Conseil de sécurité est paralysé par le veto d’un ou plusieurs membres permanents, l’Assemblée générale peut combler ce vide et agir pour protéger la paix internationale », précise Lynk

Amsterdam
AA / Amsterdam / Selman Aksunger
L’ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur la Palestine, Michael Lynk, a déclaré que la situation à Gaza nécessitait l’activation du principe de « responsabilité de protection », précisant que l’Assemblée générale de l’ONU pourrait envoyer une force de maintien de la paix dans la région conformément à la résolution « Unis pour la paix ».
Dans une interview accordée à Anadolu vendredi, Lynk a souligné que les attaques israéliennes sur Gaza, qui se poursuivent depuis 23 mois, constituent des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et un génocide. Il a rappelé que le concept de « responsabilité de protection », adopté lors du Sommet mondial de l’ONU en 2005, prévoit que la communauté internationale doit intervenir lorsqu’un État est incapable de protéger sa population contre des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, un nettoyage ethnique ou un génocide, ou lorsque cet État est lui-même l’auteur de ces crimes.
Lynk a expliqué que les bases de la responsabilité de protection remontent à la résolution « Unis pour la paix » adoptée en 1950 pendant la guerre de Corée : « Lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU est paralysé par le veto d’un ou plusieurs des cinq membres permanents, l’Assemblée générale peut combler ce vide d’autorité et prendre les mesures nécessaires pour protéger la paix internationale. »
Il a précisé que la responsabilité de protection, bien qu’elle ne constitue pas encore une obligation légale formelle, impose aux États une responsabilité politique et morale, et qu’elle a été mentionnée dans plus de 95 résolutions du Conseil de sécurité au cours des 20 dernières années.
- « Génocide à Gaza »
Concernant l’application des critères de responsabilité de protection à Gaza, Lynk a déclaré : « La majorité des autorités et institutions respectées affirment qu’Israël commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité à Gaza, pratique le nettoyage ethnique et force la population palestinienne à être déplacée. »
Il a souligné qu’au cours des 18 derniers mois, les instances internationales ont assimilé la situation à Gaza à un génocide, « crime des crimes », et que les organisations de défense des droits humains et celles s’occupant de l’occupation israélienne de 58 ans en Palestine estiment que la responsabilité de protection doit désormais être activée par une résolution « Unis pour la paix » de l’Assemblée générale.
Une telle résolution permettrait la fourniture à grande échelle de matériel médical et d’aide à la population palestinienne à Gaza, la levée du blocus israélien, un accès humanitaire maximal et la reconstruction de Gaza après 23 mois de destruction.
Lynk a ajouté : « Tout cela permettrait de mettre fin à la campagne militaire israélienne et de lancer un processus de paix et de reconstruction long et durable, par le biais d’une force internationale de maintien de la paix sous commandement de l’ONU, composée de volontaires de différents pays. »
- Appel du président irlandais
Michael Lynk a également évoqué l’appel du président irlandais Michael Higgins à la responsabilité de protection pour Gaza, déclarant : « La clarté morale offerte par l’appel du président irlandais à l’envoi d’une force de paix dans le cadre de la résolution ‘Unis pour la paix’ est actuellement examinée et discutée par des diplomates dans plusieurs pays. »
« Après près de deux ans d’inaction et de suivi des crimes contre l’humanité, crimes de guerre, nettoyage ethnique et génocide à Gaza, l’appel de l’ONU à agir constituera une réponse contraignante à l’inaction du Nord global », a souligné Michael Lynk. Il a expliqué que l’État de Palestine étudie comment préparer une telle résolution à l’ONU et combien de soutien il pourrait obtenir de pays partageant la même vision.
Il s’est dit optimiste quant à la proposition de la résolution à l’ONU, ajoutant : « On ne sait pas encore sous quelle forme elle sera adoptée ni combien de pays la soutiendront, mais cet automne à New York, le concept fera l’objet de discussions et de pressions politiques internationales. »
- « Le vrai problème n’est pas juridique mais le manque de volonté politique »
La professeure Noura Erakat de l’Université Rutgers a souligné que ces propositions visent « non pas à sauver les Palestiniens, mais à obliger les États tiers à remplir leurs obligations internationales et à cesser leur complicité dans le génocide en cours ».
Erakat a identifié le principal obstacle comme étant la pression exercée par les États-Unis, soulignant : « Les États-Unis utilisent non seulement les mécanismes juridiques mais aussi le pouvoir de sanction économique, militaire et commerciale pour réprimer la volonté politique d’autres États capables et obligés d’agir. »
Elle a rappelé que le vote au Conseil de sécurité, 14 contre 1 (le veto américain), illustre clairement la situation, et a expliqué que la résolution « Unis pour la paix » avait été élaborée sous la direction des États-Unis pendant la guerre de Corée pour contourner un veto russe.
Concernant la responsabilité de protection, Erakat a rappelé qu’elle est apparue au début des années 2000 et a été utilisée lors de l’intervention de l’OTAN contre Mouammar Kadhafi en Libye. Elle a noté que l’intervention, initialement limitée à la protection des manifestants dans l’est de la Libye, a été élargie pour renverser Kadhafi, et a ajouté : « La responsabilité de protection est très critiquée car elle a parfois servi de cheval de Troie, donnant l’apparence d’une intervention libérale pour des valeurs occidentales, tout en poursuivant d’autres objectifs politiques. »
- Cadre légal existant suffisant
Erakat a précisé que le manque de fondement juridique n’est pas le problème : même sans résolution « Unis pour la paix » ou mesures de responsabilité de protection, les États de la région déstabilisés par le génocide israélien en cours peuvent exercer leur droit de légitime défense collective.
Le professeur Erakat a souligné qu’il n’existe que deux exceptions à l’interdiction de recourir à la force prévue par la Charte des Nations unies : « Il s’agit de la ‘légitime défense individuelle’, qui permet à un État attaqué de se défendre, et de la ‘légitime défense collective’, lorsqu’un groupe d’États agit conjointement contre l’attaque. Les États entourant la Palestine, tels que le Liban, la Syrie et la Jordanie, ont le droit d’exercer cette légitime défense collective et de mener une intervention militaire contre Israël. »
* Traduit du turc par Seyma Erkul Dayanc