Paris : Une interpellation à l’aube qui questionne le ciblage des voix critiques d’Israël
- Devant la police judiciaire, Olivia Zémor dénonce une intervention « disproportionnée » et questionne un possible ciblage des militants pro-palestiniens.
Ile-de-France
AA / Paris / Ümit Dönmez
Un rassemblement s’est tenu mardi devant la Direction de la police judiciaire, porte de Clichy à Paris, pour demander la libération de Nicolas Shahshahani, vice-président de CAPJPO-Europalestine, placé en garde à vue.
Interrogée sur place, Olivia Zémor, présidente de l’organisation et épouse de Shahshahani, a décrit une intervention policière survenue à l’aube à leur domicile. « On a été réveillé à 6 heures du matin par des coups frappés comme des malades chez nous », a-t-elle déclaré, expliquant avoir d’abord cru à une agression. « On s'est demandé si c'était des fascistes, si c'était des voleurs ».
Elle affirme que « 8 policiers cagoulés » ont fait irruption dans leur logement, visant directement son mari, dans une opération qu’elle juge disproportionnée : « comme si on avait tué père et mère ».
Les poursuites reposeraient sur des faits d’« apologie de terrorisme » liés à des propos tenus lors d’une manifestation en octobre 2025. Une accusation que la militante rejette catégoriquement : « en vérité, il n'y a rien », dénonçant « un essai d'intimidation de l'ensemble de la population ».
Olivia Zémor souligne que son mari et elle-même sont tous deux juifs, pointant une contradiction dans les propos rapportés lors de la perquisition. Selon elle, un policier aurait déclaré : « Ah, ils n'aiment pas beaucoup les Juifs ici », en référence à des autocollants pro-palestiniens. « Et aucune réaction de la part de cet autre collègue », a-t-elle ajouté, dénonçant une confusion qu’elle juge dangereuse entre critique de la politique israélienne et antisémitisme.
La situation médicale de Nicolas Shahshahani est également mise en avant. « Ils ne l'ont pas laissé prendre ses médicaments », a-t-elle affirmé, précisant qu’il avait « un rendez-vous très important [...] à 11h30 à l'hôpital Bichat » qu’il n’a pas pu honorer.
Elle conteste par ailleurs la nécessité d’une telle interpellation. « Il n'est pas question qu'il reste en cellule alors qu'il n'a rien fait », a-t-elle insisté, estimant qu’une audition libre aurait été suffisante.
Au-delà de ce cas, cette garde à vue pose la question du traitement judiciaire réservé aux militants engagés sur la question palestinienne en France. Les poursuites pour « apologie de terrorisme », de plus en plus employées dans ce contexte, soulèvent des interrogations sur leur usage et sur la frontière entre infraction pénale et expression politique, en particulier lorsque les personnes visées critiquent les actions du gouvernement israélien d'extrême droite.
