Nouvelle-Calédonie : le Sénat coutumier rejette l’accord de Bougival
- Les représentants kanaks dénoncent un texte qui ne reconnaît pas leurs droits et appellent à un projet alternatif

Ile-de-France
AA / Paris / Ümit Dönmez
Le Sénat coutumier de Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique, a annoncé samedi son rejet de l’accord de Bougival, jugeant que ce compromis institutionnel « ne reconnaît pas l’identité et les droits du peuple premier » de l’archipel.
Par voie d’un communiqué transmis à la presse à l’issue du 25ᵉ Congrès du pays kanak à Nouméa, l’instance consultative a appelé à « des discussions sur un projet alternatif se situant au-delà de Bougival », soulignant que ses propositions d’amendements n’avaient pas été prises en compte lors des travaux du comité de rédaction chargé d’élaborer le projet de loi constitutionnelle.
Signé le 12 juillet à Bougival, en région parisienne, le texte prévoit la création d’un État de Nouvelle-Calédonie, doté d’une nationalité propre mais inscrit dans la Constitution française. Il reporte également à mi-2026 les élections provinciales, un scrutin crucial pour l’équilibre politique du territoire.
Initialement accepté par certains délégués indépendantistes, l’accord a finalement été rejeté par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui y voit une remise en cause de l’exercice du droit à l’autodétermination. L’organisation a dénoncé un compromis « incompatible avec les fondamentaux de la lutte indépendantiste ».
Au cours du congrès, Ludovic Boula, 33 ans, a été élu président du Sénat coutumier, lit-on dans la presse française. Plus jeune dirigeant de l’institution depuis sa création en 1998, il a insisté sur la nécessité de donner une place centrale à la jeunesse kanak. « Trop de nos jeunes se sentent écartés, incompris. Ils le font savoir, parfois au prix de leur vie », a-t-il affirmé, appelant à renforcer les politiques de formation et d’insertion.
Ce rejet fragilise un processus politique déjà marqué par de profondes divisions, un an après les émeutes de mai 2024 qui avaient fait 14 morts et causé plus de deux milliards d’euros de dégâts.