Luc Ferry sur LCI : le droit international réservé aux « nations respectables », une sortie qui fait polémique
- « Si le droit ne s’applique qu’aux respectables, ce n’est plus du droit, c’est du privilège », a martelé le politologue Rachid Benzine dans une tribune au Nouvel Obs en évoquant Hans Kelsen
Ankara
AA/Ankara
Le philosophe et ancien ministre de l’Éducation nationale, Luc Ferry, a tenu des propos controversés cette semaine sur LCI, dans le contexte de l’escalade militaire au Moyen-Orient marquée par les frappes israélo-américaines contre l’Iran fin février 2026.
Interrogé sur l’invocation du droit international face aux actions contre Téhéran, Luc Ferry a déclaré que « le droit international, c’est formidable entre nations respectables », précisant qu’il s’agit d’un cadre utile entre États « démocratiques et raisonnables ».
En revanche, « avec des voyous criminels, l’appel au droit international n’est pas seulement une plaisanterie, c’est une absurdité » a-t-il soutenu.
Il a ajouté que toute invocation du droit international vis-à-vis de l’Iran dissimule « non seulement une méconnaissance complète de ce qu’est vraiment le droit international », mais aussi, « dans les trois quarts des cas, la haine d’Israël ».
Ces déclarations ont suscité de vives réactions. Des observateurs y voient une vision sélective du droit international, qui ne s’appliquerait qu’aux États jugés « démocratiques et raisonnables », tandis que les autres, qualifiés de « voyous criminels », en seraient exclus.
Le philosophe oppose ainsi un cadre normatif fonctionnel entre pairs civilisés à une logique de force face aux régimes qu’il considère comme hors norme.
Des critiques, dont des universitaires et juristes, soulignent que cette approche heurte le principe fondamental d’universalité du droit international, consacré par la Charte des Nations unies et les Conventions de Genève.
C’est même sa raison d’être : empêcher que les puissants décident seuls qui est « voyou ».
Le politologue Rachid Benzine a réagi dans une tribune au Nouvel Obs en évoquant Hans Kelsen, théoricien du droit qui avec la montée du nazisme, s’était exilé en Suisse.
« Si le droit ne s’applique qu’aux respectables, ce n’est plus du droit, c’est du privilège », a-t-il souligné.
Cette vision est jugée dangereuse et archaïque par de nombreux commentateurs, car elle ignore la réalité d’un monde multipolaire où personne n’est « respectable » à 100 % aux yeux de tous.
De plus, en affirmant que toute critique masque souvent la haine d’Israël, Luc Ferry transforme toute critique en antisémitisme. C’est un procédé classique mais qui dilue le vrai antisémitisme et empêche le débat serein pour de nombreux observateurs.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes et commentateurs ont opéré des rapprochements historiques, comparant la distinction Ferry entre « nations respectables » et « voyous criminels » à des discours coloniaux du XIXe siècle.
Le politologue François Burgat a ainsi rappelé, dans un commentaire relayé en ligne, la célèbre déclaration de Jules Ferry à la Chambre des députés le 28 juillet 1885, « Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… »
Cette référence, souvent invoquée dans les débats sur l’universalité du droit, souligne pour ses détracteurs le risque d’une application sélective des normes internationales, évoquant une hiérarchie implicite entre États.
Luc Ferry, connu pour ses positions tranchées sur le conflit israélo-palestinien et les questions de sécurité internationale, n’a pas encore commenté les polémiques suscitées par ces extraits.
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