Le chef de la diplomatie turque, Fidan : les pays du Golfe pourraient agir si la situation persiste
- « Israël pourrait adopter une politique de prolongation de la guerre afin d’infliger davantage de dégâts à l’Iran », déclare Hakan Fidan
Istanbul
AA / Istanbul / Muhammet Tarhan et Esra Tekin
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré samedi que les pays du Golfe ont indiqué, lors d’une réunion dans la capitale saoudienne Riyad, qu’ils pourraient être contraints d’agir si la situation actuelle se maintenait, soulignant le niveau de risque accru.
Fidan s’exprimait devant la presse et répondait à certaines questions concernant sa tournée régionale comprenant l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis (EAU).
Selon lui, les pays du Golfe estiment que la guerre pourrait se prolonger encore deux ou trois semaines, tout en insistant sur le rôle crucial des États-Unis dans ce dossier.
Il a ajouté que ces pays avaient affirmé dès le départ qu’ils n’autoriseraient pas l’utilisation de leur espace aérien ou de leurs bases sur leur territoire contre l’Iran, et qu’ils ne feraient pas partie de ce conflit.
Fidan a également souligné que ces États ont noté que l’Iran avait délibérément mené des attaques non seulement contre des bases militaires, mais aussi contre des infrastructures civiles et des cibles économiques.
« Israël cherchera à influencer les États-Unis et tentera d’empêcher un cessez-le-feu ou l’instauration d’une paix à court terme. Il y a une évaluation croissante selon laquelle les positions initiales des États-Unis et d’Israël s’éloignent. Cela pourrait, à terme, conduire à une guerre prolongée », a-t-il déclaré aux journalistes dans la capitale turque, Ankara.
Fidan a précisé que des négociations en pleine guerre ne semblaient pas très probables.
Cependant, il a évoqué une possibilité : qu’après un cessez-le-feu de courte durée, « les parties pourraient entamer des négociations tout en gardant la possibilité de reprendre le conflit si celles-ci échouent ».
« Israël pourrait adopter une politique de prolongation de la guerre autant que possible afin d’infliger davantage de dégâts à l’Iran. »
Soulignant que Tel-Aviv a initié le conflit, Fidan a ajouté que le problème n’est pas l’absence de plans pour mettre fin à la guerre, mais plutôt le manque de volonté d’Israël de poursuivre la paix.
- De nombreux changements possibles dans le Golfe
« Après la guerre, de nombreux changements pourraient survenir dans les pays du Golfe », a déclaré Fidan, ajoutant que ces pays pourraient commencer à explorer de nouvelles options dans le domaine de la défense.
« Une fois le conflit terminé, les pays du Golfe pourraient clairement définir leurs attentes vis-à-vis de l’Iran, et si certaines conditions sont remplies, l’accent pourrait se déplacer vers la coopération économique. L’Iran, de son côté, pourrait également avancer certaines demandes concernant les bases américaines dans le Golfe », a-t-il précisé.
« Nous constatons que la confiance envers la Türkiye a augmenté après cette guerre. Dès le départ, nous n’avons pas adopté de position ambiguë. Tout le monde voit que nous avons clairement indiqué à toutes les parties ce qui était problématique. Nous avons affirmé, de la manière la plus forte et la plus claire, que ce qui a été fait à l’Iran comme aux pays du Golfe était inacceptable », a-t-il ajouté.
Insistant sur le fait qu’ils ne souhaitent en aucun cas que la situation « se transforme en une guerre prolongée impliquant toute la région », Fidan a souligné qu’Ankara continuerait d’utiliser tous les canaux diplomatiques, « en particulier les initiatives régionales comme la réunion tenue hier à Riyad, afin de mettre fin à la guerre le plus rapidement possible ».
- Réunion à Riyad : chercher un « terrain d’entente »
Concernant la réunion de Riyad du 19 mars, organisée par l’Arabie saoudite, Fidan a expliqué que les pays du Golfe l’avaient convoquée autour d’un seul point à l’ordre du jour.
« La réunion visait à rassembler les évaluations des pays régionaux concernant les attaques menées par l’Iran contre ces États. Tous les pays de la région, directement ou indirectement touchés par la guerre, étaient autour de la table. Il s’agissait d’un effort pour rechercher un terrain d’entente », a-t-il précisé.
Fidan a ajouté que tous les participants avaient souligné l’urgence de la situation et que la réunion, centrée sur un seul sujet, avait produit une déclaration conjointe reflétant cet objectif.
« Nous maintenons notre position de principe. Nous nous opposons à la fois à l’agression et à l’expansionnisme d’Israël, ainsi qu’aux actions de l’Iran visant à étendre la guerre dans la région. Bien que la réunion de Riyad ait été organisée uniquement autour du dossier iranien, nous avons souligné le rôle d’Israël dans l’émergence de ce conflit. De plus, nous avons veillé à ce que la déclaration conjointe mentionne la menace que représente l’expansionnisme israélien dans la région », a-t-il déclaré.
« Ces critiques ont été exprimées au plus haut niveau sur toutes les plateformes et des mesures ont été prises en conséquence », a-t-il ajouté, soulignant que la Türkiye a été, dès le départ, le pays critiquant Israël le plus fermement.
Sur la question de la médiation, Fidan a précisé : « Les propositions que nous formulons depuis notre position font partie d’une recherche de stabilité, ce qui est dans l’intérêt de tous. »
« Mais lorsque les parties privilégient le gain, la victoire ou la domination plutôt que la stabilité, la situation prend une autre tournure. Dans ce cas, les discussions ne servent qu’à discuter ; elles sont conduites pour faire avancer l’agenda principal d’une autre manière. Nous recevons des signaux allant dans ce sens », a-t-il conclu.
* Traduit de l'anglais par Adama Bamba
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