AA - Paris - Hajer M'Tiri/ Bilal Muftuoglu
Les relations franco-iraniennes sont en phase d'entrer dans une "nouvelle ère" de partenariat économique et politique avec l'arrivée du président iranien Hassan Rouhani le 28 janvier à Paris, la première visite d'un président iranien en Europe depuis seize ans, estiment les experts.
La visite du président iranien survient deux semaines après la conclusion de l'accord qui vise à contenir le programme nucléaire d'Iran en échange de la levée des sanctions internationale, un accord qui "ouvrira un nouveau chapitre" pour l'économie iranienne, selon Rohani.
"Le 16 janvier 2016 l'Iran est presque devenu un pays comme un autre. La visite est importante pour les échanges commerciaux, mais elle l'est encore plus pour la diplomatie", souligne Thierry Coville, chercheur à l'IRIS [Institut de Relations Internationales et Stratégiques] et professeur à Novancia, dans son commentaire pour Anadolu.
"Cette visite déterminera le futur des relations diplomatiques entre la France et l'Iran", renchérit-il.
- Une histoire "intense" entre la France et l'Iran
La France et l'Iran partagent une histoire "intense" depuis longtemps, notamment depuis le soutien de la France à l'Irak dans sa guerre contre l'Iran en 1988.
Les Etats-Unis avaient alors imposé un embargo à l'encontre de ce pouvoir régional de 78 millions d'habitants en 1996, suivis de l'Union européenne (UE) en 2012.
"En raison des sanctions imposées à l'encontre de l'Iran, toutes les entreprises françaises ont quitté le pays. Au niveau politique, les relations sont encore pires dès lors que la France a eu une position encore plus sévère que les Etats-Unis lors des négociations nucléaires", met en avant le chercheur.
Les sanctions étaient tellement influentes que les banques européennes, dont la française BNP Paribas, avaient dû payer des amendes pour entretenir des relations commerciales avec l'Iran. Cette dernière s'était vue obliger de payer une amende de 8,24 milliards d'euros pour avoir violé l'embargo contre l'Iran.
En revanche, septembre dernier, une délégation de près de 100 chefs d'entreprise français, faisant partie du Medef [la plus grande organisation patronale française, ndlr] s'est rendue en Iran, en guise de rétablir les liens économiques entre les deux pays.
Avec la levée des sanctions, la visite de Rouhani serait mutuellement bénéfique pour la France et l'Iran, estime Coville. "Les entreprises françaises tireront un grand bénéfice d'un marché avec ses divers secteurs", note-t-il.
- L'Iran, terre promise des entreprises françaises
Il est essentiel pour la France et d'autres pays européens d'"intégrer l'Iran dans le système", suivant l'accord, remarque Beyza Unal, chercheur associé à Chatham House sur la politique des armes nucléaires.
"Les entreprises françaises doivent saisir l'opportunité qui se présente par le dégel des avoirs [iraniens] et réinvestir en Iran", suggère-t-elle dans son commentaire pour Anadolu.
Effectivement, avant l'arrivée des sanctions, l'Iran était un marché très important pour la France, notamment pour ses constructeurs automobiles tels que Peugeot-Citroën et Renault.
L'Iran est ainsi devenu un "marché très prometteur" après l'accord nucléaire, estimait alors le PDG de Renault Carlos Ghosn. "Aujourd'hui, il représente plus d'un million de voitures, il a le potentiel d'aller à 1,5 ou 2 millions", affirmait-il dès début janvier.
Le groupe français a déjà entamé des négociations avec le constructeur iranien Pars Khoro.
Le ministre iranien des Transports avait annoncé de son côté le 24 janvier que l'Iran signera le contrat pour l'achat de 114 Airbus lors de la visite de Rohani en France.
Kish Air, une compagnie aérienne iranienne, discute pour sa part l'acquisition de six Airbus.
- La Syrie, un infléchissement de la politique française
Le rapprochement anticipé entre la France et l'Iran en termes économiques est pourtant dominé par l'agenda politique et en particulier par la guerre en Syrie.
"Après la conclusion de l'accord, c'est comme si un nouveau logiciel est installé ... avec l'Iran qui montre qu'il est capable d'être pleinement en relation avec la communauté internationale", indique Bernard Hourcade, géographe spécialiste de l'Iran et Directeur de recherche émérite au CNRS.
"La France et l'Iran ont la capacité de mettre fin à la guerre en Syrie par des négociations. Les deux pays font face au même ennemi, qui est Daech", estime Hourcade.
Depuis les attentats de Paris du 13 novembre 2015 revendiqués par Daech, le gouvernement français a fait preuve d'un infléchissement politique, en soulignant que c'est Daech qui "l'ennemi numéro un" et non pas Bachar al-Assad, d'après le géographe.
"Les responsables français savent que Bachar al-Assad n'est pas le problème car il n'attaque pas la France et l'Europe alors que Daech alors que ce dernier, si. C'est infléchissement pragmatique", explique Hourcade.
Le régime syrien reste "problématique", nuance pourtant le chercheur. "Les puissances mondiales, dont l'Iran et la France, doivent désormais négocier et se mettre d'accord sur qui remplacera Bachar al-Assad", conclut-il.