AA / Ankara / Tuncay Çakmak
Finalement, les Français ont décidé de ne pas porter le Rassemblement National (RN) au pouvoir.
Au soir du 1er tour, le RN arrivait en tête avec une certaine avance sur le Nouveau Front Populaire (NFP – alliance de gauche), et Ensemble, (le camp macroniste), qui se plaçait troisième.
La décision de plusieurs partis de demander le retrait des candidats arrivés 3ème et ayant peu de chance de gagner au second tour, pour faire un « bloc républicain » contre l’extrême-droite, a encore une fois, changé la donne.
Selon les derniers résultats actualisés et partagés par les médias français, le RN et ses alliés terminent donc la course en 3ème position, obtenant 143 sièges à l’Assemblée nationale. Cependant, il est important de noter que le RN, malgré son recul en termes de place, est le parti qui a très nettement augmenté son nombre d’élus, puisqu’il n’avait que 88 sièges avant ces législatives anticipées.
Le NFP obtient une majorité relative avec 182 députés, et Ensemble se positionne en 2ème place avec 168 élus.
Il est à signaler, cependant qu’en termes de nombre de voix, le RN est arrivé en tête avec 8,7 millions de voix (32,05%), suivi du NFP avec 7 millions (25,68%), ensuite Ensemble (du président Macron) avec 6,3 millions de voix (23,15%), ce qui donne un sens à l’affirmation de Marine Le Pen de dire que sa victoire n’est que seulement « différée ».
Si l’objectif de Macron, qui consistait à faire barrage à l’extrême-droite semble avoir été atteint, les choses se compliquent quant à la désignation du nouveau premier ministre et la composition du futur gouvernement.
Le Parlement est divisé, sans majorité absolue, et des divergences existent au sein même des alliances, d’autant plus que Macron ne pourra dissoudre l’Assemblée nationale qu’après une année.
- Que va faire Emmanuel Macron ?
D’après la constitution, Emmanuel Macron a obligation de choisir un Premier ministre, en tenant compte des résultats du scrutin.
Ce qui fait dire à Jean-Luc Mélenchon que le chef de l’État n’a pas d’autre choix que de limoger Gabriel Attal et « d’appeler le Nouveau Front populaire à gouverner » en choisissant un chef de gouvernement issu du NFP.
Les alliés de La France Insoumise (LFI) au sein du NFP, l’écologiste Marine Tondelier ou le socialiste Olivier Faure, ont exprimé la même position.
Autre son de cloche pour Raphaël Glucksmann qui s’inquiète de l’absence de majorité claire et de la division du Parlement, et qui invite les autres formations politiques, hors RN, à « se comporter en adultes.
Emmanuel Macron avait, durant l’entre-deux tours, clairement rejeté l’option de « gouverner avec LFI » de Jean-Luc Mélenchon.
Une première option pour Macron serait de s’allier avec les autres partis du NFP, excluant LFI, mais ce choix risquerait rapidement de se confronter à une motion de censure.
La deuxième option serait de chercher une coalition entre son propre camp et le camp du centre droit avec Les Républicains (LR). Mathématiquement ce ne serait pas encore suffisant pour une majorité absolue, donc là encore un risque de motion de censure. D’autant plus que cette option reviendrait à ignorer le choix des électeurs qui ont placé le NFP en tête.
L’autre option qui se présente au chef de l’État est de nommer une personnalité modérée, au centre, qui pourrait être acceptée par un large éventail, un nom qui « rassemble ».
Ou encore, même si l’option semble peu probable, Emmanuel Macron pourrait décider, après plusieurs échecs dans les options précédentes, de nommer un technocrate pour former un gouvernement de hauts fonctionnaires. Mais cette option est lointaine.
En attendant, du point de vue constitutionnel, le président n’est pas dans l’obligation de nommer un nouveau Premier ministre rapidement.
Macron pourrait ainsi laisser Gabriel Attal, qui va remettre sa démission ce lundi, en place quelque temps pour expédier les affaires courantes, ce pour quoi il s’est dit « prêt ».
« Conformément à la tradition républicaine, il attendra la structuration de la nouvelle Assemblée nationale pour prendre les décisions nécessaires », a annoncé l’Élysée après les résultats, précisant que le chef de l’État « veillera au respect du choix souverain des Français ».
Néanmoins, la session parlementaire s’ouvrira le 18 juillet avec l’élection du nouveau président de l’Assemblée Nationale. Fin de session parlementaire pour la pause estivale le 2 août.
Quoi qu’il en soit, la tâche d’Emmanuel Macron ne sera pas facile, tant pour former un gouvernement, que pour gouverner le pays par la suite. Car d’après certains points de vue, avec la nouvelle composition de l’Assemblée, la France ne sera pas gouvernable, sinon difficilement… Le nouveau gouvernement, quel qu’il soit, rencontrera de nombreuses difficultés pour faire voter et adopter ses projets de loi.