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France : Barrot maintient sa demande de démission d’Albanese malgré les critiques d’instances nationales et onusiennes

- La CNCDH avait appelé le gouvernement français à renoncer à sa demande de démission et à « rectifier publiquement les propos inexacts » attribués à Albanese

Mariem Njeh  | 18.02.2026 - Mıse À Jour : 18.02.2026
France : Barrot maintient sa demande de démission d’Albanese malgré les critiques d’instances nationales et onusiennes

Istanbul

AA/Istanbul/Mariem Njeh

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a réitéré mercredi devant l’Assemblée nationale sa demande de démission de la Rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese, rejetant les appels à « rectifier » ses propos jugés inexacts.

Interpellé lors de la séance des questions au gouvernement, le chef de la diplomatie française a maintenu l’intégralité de sa position exprimée le 11 février, malgré les contestations factuelles portées sur la teneur des déclarations prêtées à la fonctionnaire onusienne.

La question lui a été adressée par la députée de La France insoumise Andrée Taurinya, qui a dénoncé une « déformation » des propos de la Rapporteuse spéciale et appelé le gouvernement à « rectifier les propos inexacts » qui lui sont attribués ainsi qu’à renoncer à demander sa démission.

« En remettant en cause l'indépendance des procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme, vous participez à cette odieuse entreprise de démolition médiatique sur injonction de la mandataire de Netanyahou dans cet hémicycle », souligne Taurinya.

« Les fake news, ça suffit. Je n’ai ni déformé, ni troqué les propos de Madame Albanese », a déclaré Barrot dans l’hémicycle. « Je les ai tout simplement condamnés parce qu’ils sont condamnables. »

Ces déclarations interviennent alors que la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) a appelé, dans un courrier daté du 14 février, le gouvernement à « rectifier publiquement » ses accusations. La CNCDH, tout comme le Comité de coordination des procédures spéciales de l’ONU mercredi, soutient que les critiques ministérielles reposent sur une « déformation manifeste » et des « faits fabriqués », notamment l’attribution à Albanese de l’expression « ennemi commun de l’humanité » concernant Israël lors d’un forum le 7 février.

Jean-Noël Barrot a affirmé « assumer pleinement » sa demande de démission, qualifiant les déclarations de la Rapporteuse de « provocations » qui s’ajoutent à une « longue liste », citant notamment « la justification du 7 octobre ».

- Une position jugée « cohérente » par Paris

Le ministre a souligné que le Hamas, selon lui, qualifié de « mouvement terroriste », était « venu au secours de Madame Albanese » après la polémique. Il a défendu la position de la France, la jugeant « parfaitement cohérente » et équilibrée.

Selon Barrot, Paris refuse d’un côté que « les extrémistes en Israël nient le droit du peuple palestinien à se tenir debout », rappelant la condamnation récente par la France et 84 autres pays des décisions israéliennes en Cisjordanie. De l’autre, la France refuse que « le Hamas et tous ses soutiens contestent le droit d’Israël à l’existence et à la sécurité ».

Jean-Noël Barrot a conclu son intervention en affirmant refuser que « des discours de haine, d’où qu’ils viennent, puissent fragiliser » l’espoir d’une solution à deux États.

- Tensions institutionnelles

Ce maintien de la ligne gouvernementale française survient dans un contexte de tension avec les mécanismes onusiens.

Mercredi, le Comité de coordination des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme a dénoncé, sans nommer explicitement la France dans son communiqué, des « attaques ciblées » menées par « plusieurs ministres » contre Albanese.

La CNCDH a pour sa part mis en garde contre un « précédent dangereux » et une « ingérence inacceptable » de la France, estimant que cette démarche menace l’indépendance des experts de l’ONU et « porte atteinte à l’intégrité du débat public ».

L'institution estime que « cette démarche est d'autant plus préoccupante qu'elle émane d'un État membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, membre du Conseil des droits de l'Homme et d'un pays qui se présente comme un défenseur du multilatéralisme » et que la France porterait une « responsabilité historique » dans l'affaiblissement des mécanismes de protection internationale.

La CNCDH avait appelé le gouvernement français à renoncer à sa demande de démission et à « rectifier publiquement les propos inexacts » attribués à Albanese.


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