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Brésil: Dans un climat tendu, la «novela» du procès de Lula continue

Esma Ben Said   | 05.04.2018
Brésil: Dans un climat tendu, la «novela» du procès de Lula continue

Rio de Janeiro

AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Après des heures de débats et un verdict rendu dans la nuit de mercredi à jeudi, la Cour Suprême du Brésil a rejeté la demande d’habeas corpus formulée par les avocats de l’ex-président Luis Inacio Lula da Silva.

Condamné en juillet dernier à neuf ans de prison par le juge Sergio Morro, Lula avait vu sa peine augmenter en seconde instance et passer à douze ans et un mois en janvier.

Ses avocats essayaient de lui éviter la prison. Ils luttaient pour sa liberté provisoire, invoquant la présomption d’innocence. Tant que toutes les voies de recours ne sont pas épuisées, Lula n’est pas «coupable».

A 6 voix contre 5, les juges ont estimé pourtant que la prison provisoire n’allait pas à l’encontre de ses droits, conformément à la décision collégiale prise en 2016 dans un autre dossier.

C’est donc un nouvel épisode qui se ferme mais pas le dernier car la «novela» du procès de Lula va encore continuer. Sergio Morro, le juge de Curitiba, a désormais le chemin libre pour décréter la prison mais celle-ci n’est pas automatique. L’appel en seconde instance dans la ville de Porto Alegre n’est pour sa part, pas complètement clos.

De leur côté, les avocats de la défense peuvent faire un nouveau recours auprès de la Cour de Cassation et un autre encore auprès de la Cour Suprême. Sans parler des embargos ! Par ailleurs, même en prison, Lula peut présenter sa candidature à la Présidence de la République, comme l’autorise la Constitution, du moins tant que tous les recours ne sont pas épuisés.

Le monde juridique est divisé sur les suites qui seront données à sa candidature. «Théoriquement et indépendamment de sa condamnation, l’ex-président Lula peut déposer sa candidature auprès du tribunal supérieur électoral, estime à Sao Paulo, un spécialiste en droit constitutionnel et pénal, l’avocat Adib Abdouni, interrogé par Anadolu.

Mais il émet de nombreuses réserves: «Le procureur de la république peut contester cette candidature. Une loi dite du «casier vierge» ( Ficha Limpa) interdit la participation de candidats condamnés par un tribunal collégial et cette candidature peut à nouveau faire l’objet d’un procès. Les votes obtenus peuvent être suspendus et annulés par le tribunal électoral. Vainqueur des suffrages, Lula pourrait même ne pas être investi».

En dépit de péripéties judiciaires extrêmement médiatisées, le charismatique leader brésilien reste en effet le leader des sondages, avec 36 % des intentions de vote à sept mois des présidentielles. Il est particulièrement populaire dans sa région d’origine, le Nordeste où vivent 30% des électeurs brésiliens avec les villes de Salvador de Bahia, Recife et Fortaleza.

Syndicaliste et excellent orateur, l’ex-tourneur mécanicien sans études secondaires qui a immigré à Sao Paulo dans son enfance est devenu une icône nationale après six candidatures et deux mandats remportés entre 2003 et 2010. Il a rendu possible l’ascension de 40 millions de Brésiliens en classe moyenne et était devenu le «chouchou» des institutions internationales, faisant du Brésil un player, avec le premier sommet des Brics.

Mais en 2014, alors que sa dauphine Dilma Rousseff entamait son second mandat de Présidente, au grand dam de son opposant de droite qui avait perdu de peu le scrutin, un mega-procès national dit de Lava-Jato (Opération Karsher), destiné à combattre la corruption endémique avait explosé, venant contrarier ses propres projets de réélection en 2018.

Lula a été condamné par le juge Sergio Morro, pour un triplex reçu des mains d’une entreprise du bâtiment en échange de faveurs sur les marchés publics. Lula nie. Evalué à 600 000 euros, l’appartement , toujours propriété de l’entreprise du bâtiment, va être mis aux enchères dans un pays politiquement divisé, économiquement dévasté et sans crédibilité sur la scène internationale.

Ironie du sort, la loi du «Casier Vierge» qui pourrait signer la mort politique de Lula – et au- delà de son propre parti - est une initiative populaire qui a réuni un million six cent mille signatures en 2010 et qui a été sanctionnée par Lula lui-même alors président de la république. Elle déclare inéligible pour 8 ans, tout citoyen condamné en seconde instance par plus d’un juge.

A l’heure actuelle, on ne sait pas si la justice attendra que le procès ouvert en seconde instance à Porto Alegre soit déclaré clos ou si le juge Sergio Morro, de la première instance de Curitiba, réputé pour être dur et particulièrement remonté contre Lula, décrètera la prison immédiate.

En parallèle, l’armée s’est manifestée. Selon le commandement en chef des armées, le Général Villas Boas qui s’est exprimé le 3 avril sur Twitter, veille du jugement, l’armée «partage le souci de tous les citoyens du Bien en faveur du refus de l’impunité et du respect de la Constitution».

Sa déclaration a immédiatement suscité un tollé dans la société civile qui y a vu une enfreinte au devoir de réserve et une pression manifeste des forces armées sur la Cour Suprême en faveur du non à l’habeas corpus. Le haut commandement de l’aéronautique s’est immédiatement désolidarisé.

Mais le général de réserve Paulo Chagas, pré-candidat au poste de gouverneur pour le District fédéral de Brasilia a lui répondu présent. Sur Twitter également, il a déclaré au haut commandant des armées avoir «l’épée au flanc, la selle montée, le cheval prêt et n’attendre plus que ses ordres».

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